Le Royaume-Uni s’est présenté au sommet de l’OTAN à Ankara avec une position affaiblie, conséquence des remous politiques internes, estiment d’anciens hauts responsables de l’Alliance. Ces derniers ont prévenu qu’aucun pays ne pourrait échapper à des questions directes, tant en public qu’en privé, s’il ne respecte pas ses engagements financiers.
Ces analyses ont été données lors d’un point presse officiel organisé par le Center for European Policy Analysis avant le sommet, alors qu’on interrogeait sur l’impact de la démission imminente du Premier ministre, la démission de l’ancien ministre de la Défense John Healey, et l’absence à ce moment-là d’un plan clair, sur la réputation britannique en matière d’engagements tenus.
Jan Lipavský, ancien ministre des Affaires étrangères tchèque, estime que cette situation réduit l’influence britannique à la table des négociations. « Cela affaiblit la position du Royaume-Uni, car ils ne respectent pas leur budget, leur Premier ministre est en démission, donc toute déclaration de leur part à une telle occasion sera moins forte qu’elle pourrait l’être », a-t-il souligné. Il a toutefois rappelé que, à l’échelle européenne, le Royaume-Uni « demeure et restera longtemps l’une des armées les plus puissantes et une voix claire » contre l’impérialisme russe, et qu’à long terme, cela ne l’inquiète pas.
David Cattler, qui a dirigé la division renseignement et sécurité à l’OTAN en tant que secrétaire général adjoint de 2019 à 2023, a indiqué que la situation britannique serait largement discutée à huis clos, dans le contexte des récentes décisions de l’Alliance concernant l’engagement de dépenses à 5%, les objectifs capacitaires et les plans régionaux. « Toute nation qui arrive au sommet d’Ankara largement en dessous de 5%, ou pire encore, en deçà de l’objectif fixé à Galles, va probablement se heurter à de lourdes critiques, en public comme en privé », a-t-il affirmé, rappelant qu’avec la menace russe importante manifestée en Ukraine et sous forme d’actions subversives contre plusieurs alliés, « ce n’est pas le moment de ne pas avoir de plan clair pour augmenter réellement les dépenses militaires et développer les capacités dans un calendrier précis ».
Cattler a ajouté qu’un Premier ministre et un ministre de la Défense fraîchement nommés feraient face à « un certain nombre de questions très précises sur la direction prise », et a mis en garde que publier un plan n’est que la partie facile. Ce qui compte davantage, selon lui, c’est un consensus politique durable, des budgets approuvés pour répondre aux objectifs capacitaires, et « un équipement réel livré dans les délais », une tâche qu’aucun nouveau Premier ministre ne pourrait régler avant le sommet ou dans les mois suivants.
Depuis cette prise de parole, la situation a quelque peu évolué. Le Plan d’investissement en Défense a été publié le 30 juin, engageant 298 milliards de livres sur quatre ans. Dan Jarvis a été nommé ministre de la Défense, et Andy Burnham est attendu à Downing Street ce mois, s’étant engagé à financer intégralement ce plan. Pourtant, la trajectoire pour atteindre 3% du PIB et au-delà reste reportée à la prochaine revue des dépenses, et environ 4,7 milliards de livres supplémentaires doivent être trouvés lors du prochain budget. Ces points ont été soulignés cette semaine par le président du comité de la Défense à la Chambre des communes, qui a averti que le Premier ministre arriverait à Ankara sans propositions concrètes.
Cette situation intervient peu après la publication d’un rapport du CEPA, « Unleashing Defence Innovation », qui formule plusieurs recommandations pour les investissements de l’OTAN dans les technologies de défense et tire les leçons du conflit en Ukraine.