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Shield AI, fondée en 2015 par Brandon Tseng, un ancien Navy SEAL, mise sur une vision innovante : l’avantage stratégique durable réside davantage dans le logiciel pilote autonome que dans la plateforme aérienne elle-même. L’entreprise développe notamment le logiciel d’autonomie Hivemind, les drones V-BAT et X-BAT, ainsi que des technologies avancées de simulation et de réalité synthétique.

Tseng estime que si les systèmes autonomes deviendront omniprésents dans la défense d’ici 2040-2045, le chemin a été plus long que prévu en raison des lenteurs dans les processus d’acquisition et du scepticisme des investisseurs. Pourtant, sa société a su démontrer une supériorité significative : par exemple, le drone V-BAT réalise des missions similaires à celles du Predator, mais à un coût dix fois moindre.

L’approche de Shield AI consiste à combiner excellence logicielle et matérielle, en développant certains drones eux-mêmes tout en adaptant Hivemind sur des plateformes variées. Ce logiciel est déjà opérationnel sur plus de 30 systèmes terrestres, maritimes et aériens, et a prouvé sa capacité à accélérer le déploiement des pilotes IA avec seulement deux ingénieurs capables de mettre en œuvre une solution en moins de deux semaines.

Dans le contexte du conflit ukrainien, Shield AI a dû adapter ses technologies à des environnements difficiles, notamment en éliminant toute dépendance aux communications et au GPS, très souvent brouillés ou neutralisés. Tseng déplore le retrait précipité de nombreuses entreprises américaines laissant un vide technique, et souligne l’évolution rapide des besoins tactiques ukrainiens vers des frappes longues-portées plus impactantes.

Le drone X-BAT, plus puissant et autonome que les drones collaboratifs classiques, est conçu pour opérer indépendamment, relançable depuis des sites improvisés, contournant ainsi la vulnérabilité stratégique des bases aériennes exposées aux attaques ennemies. Cette capacité est particulièrement cruciale dans un théâtre où les infrastructures aériennes sont des cibles prioritaires, comme l’a démontré la guerre au Moyen-Orient et la situation à Taïwan.

Tseng souligne aussi un déséquilibre dans la gestion des priorités en défense : la collecte de renseignement et le développement de l’autonomie reçoivent trop peu d’attention face au développement d’armements. Pourtant, pour des frappes efficaces, il est essentiel de disposer d’une couche intermédiaire d’observation tactique intégrée et autonome, capable de fournir un renseignement continu et précis sans dépendre des satellites, eux-mêmes vulnérables aux brouillages.

Enfin, il met en garde contre les fausses sécurités dans une confrontation potentielle avec la Chine, notamment sur la fiabilité des systèmes reposant sur GPS ou communications traditionnelles. Face à une Chine à la puissance industrielle massive, la clé réside dans la coopération régionale accrue, en particulier avec les alliés du Pacifique, pour créer une force collective dissuasive.

Sources : Warontherocks