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Le manque de souveraineté effective de l’État libanais constitue un obstacle majeur aux négociations avec Israël et au désarmement du Hezbollah. Face à l’intensification des combats entre Israël et le Hezbollah, les États-Unis ont lancé en avril des discussions entre le gouvernement libanais et Israël. Pourtant, les affrontements se poursuivent, et le Hezbollah a récemment rejeté un accord de cessez-le-feu proposé.

En 2025, dans un geste historique, le gouvernement libanais a prévu que les Forces armées libanaises (FAL) procèdent au désarmement du Hezbollah. Cependant, les avancées ont été lentes, en partie par crainte que des mesures plus fermes ne divisent les forces armées libanaises. Par ailleurs, des frappes israéliennes ont tué des dizaines de membres des forces de sécurité libanaises, ce qui complique davantage les relations entre le Liban et Israël.

Les États-Unis apportent un soutien important aux Forces armées libanaises, et plusieurs pays ainsi que de nombreux Libanais partagent l’intérêt de Washington pour une armée libanaise capable et souveraine. Quatre experts ont été consultés afin de proposer des mesures réalistes pour renforcer le gouvernement libanais et ses forces armées.

Faysal Itani
Chercheur principal au Middle East Policy Council

Les Forces armées libanaises ont besoin d’un appui concret leur permettant de dissuader ou de vaincre le Hezbollah. Elles sont plus compétentes qu’on ne le pense souvent, mais elles rencontrent de graves difficultés financières. Elles ne parviennent pas à payer les salaires des soldats, ce qui contraint certains, y compris des officiers, à cumuler un second emploi. Des soldats non rémunérés sont évidemment moins enclin à s’engager dans des confrontations difficiles et politiquement sensibles. Le Hezbollah, lui, ne connaît pas ces problèmes. Les Forces armées libanaises ont besoin de l’essentiel : financement, munitions et formation.

Cependant, la difficulté d’affronter le Hezbollah réside moins dans les capacités limitées que dans la configuration politique et sociale du Liban. Un quart des militaires libanais sont chiites, la communauté religieuse qui constitue la base du Hezbollah. Ils pourraient refuser d’exécuter des ordres visant leurs coreligionnaires, voire pointer leur arme contre leurs frères d’armes. C’est la raison pour laquelle l’armée a évité la confrontation avec le Hezbollah, un problème qui dépasse la seule question des ressources. Cela dit, un tel affrontement est de plus en plus probable, et une armée capable de payer ses soldats serait alors mieux armée pour y faire face.

Lina Khatib
Chercheuse associée au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de Chatham House

Les Forces armées libanaises nécessitent un appui international pour exploiter les zones pilotes proposées dans le sud du Liban, présentées dans le cadre des négociations libano-israéliennes comme des secteurs où l’armée would se déployer après le retrait israélien afin de restaurer la souveraineté libanaise.

L’annonce de Jean-Yves Le Drian selon laquelle la France et l’Italie enverraient une mission ad hoc pour remplacer la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) offre une opportunité de gérer la transition avant l’expiration du mandat de la FINUL fin 2026. Cette mission pourrait accompagner FINUL dès maintenant en développant des patrouilles conjointes, des liens de commandement, des mécanismes de rapports et en assurant la vérification du respect des accords. Dans ce cadre, les États-Unis et les pays du Golfe pourraient fournir aux Forces armées libanaises un soutien en matière de salaires, mobilité, communications, génie militaire et déminage.

Après la fin du mandat de la FINUL, la mission européenne, soutenue par ses alliés, pourrait assumer ce rôle de surveillance et encadrer les Forces armées libanaises. Une phase de consolidation en 2027 élargirait ensuite ce modèle vers le nord du pays, contribuant à faire de l’État libanais le garant visible de la sécurité.

Fadi Nicholas Nassar
Chercheur principal à l’Institute of Middle East Studies

L’Iran est en train de perdre pied au Liban. Washington peut transformer cette perte en une victoire stratégique durable sur le régime iranien en organisant une aide internationale autour d’un objectif clair : faire du Liban un État souverain, unique autorité légitime.

Le désarmement du Hezbollah constitue un point central, mais la réussite stratégique passe par la victoire de l’État libanais, au-delà de la simple défaite du Hezbollah. Washington doit clairement dissocier le dossier libanais de celui de l’Iran en offrant ce que Téhéran ne peut pas : une paix définitive avec Israël, négociée par le gouvernement libanais, non par le Hezbollah. Pour renforcer la capacité de l’État à faire respecter ses décisions, Washington doit s’engager à transformer les Forces armées libanaises en institution garantissant la souveraineté, avec les moyens et la confiance nécessaires pour affirmer l’autorité de l’État. Les partenaires européens devraient accompagner cette démarche en aidant le Liban à sécuriser ses frontières et ses ports afin d’empêcher le réarmement. Ce soutien doit être associé à une pression constante sur les réseaux financiers et politiques qui maintiennent l’influence du Hezbollah. Quand l’État l’emportera, le modèle iranien de proxy s’effondrera.

Nancy Ezzedine
Chercheuse associée à l’Unité de recherche sur les conflits du Clingendael Institute

L’aide extérieure ne suffira pas à permettre au Liban d’affirmer pleinement sa souveraineté et de maintenir la stabilité. En premier lieu, il faut des garanties solides que les violations israéliennes cesseront. L’armée libanaise est censée assumer davantage de responsabilités dans le sud, mais elle subit des pressions israéliennes, des limites opérationnelles, voire des attaques directes. La récente élimination par Israël du général de brigade Wassam Sabra et d’autres soldats libanais a eu lieu malgré le cessez-le-feu en vigueur et les négociations entre gouvernements. Ces attaques répétées affaiblissent l’État libanais et diminuent la légitimité de l’armée comme outil de dissuasion.

Ensuite, toute initiative doit inclure l’ensemble des forces politiques. Une résolution imposée de l’extérieur, qui viserait uniquement à désarmer le Hezbollah, risquerait d’aggraver les divisions confessionnelles, en particulier au sein des communautés chiites du sud. Les nouvelles zones pilotes soutenues par les États-Unis vont dans la bonne direction, puisqu’elles cherchent à restaurer progressivement le contrôle de l’État plutôt qu’imposer un désarmement coercitif.

Enfin, l’aide au secteur de la sécurité s’est concentrée sur le renforcement des capacités et les réformes institutionnelles, accordant moins d’attention au développement d’une réelle force défensive. Dans ce contexte de dissuasion limitée, une paix durable reste tributaire de garanties lâches de cessez-le-feu.