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Depuis la Guerre froide, l’armée américaine a développé des unités légères spécialisées dans la reconnaissance en profondeur. Pendant la guerre du Viêt Nam, chaque division, ainsi que quelques unités spécifiques, disposaient de compagnies de patrouille de reconnaissance longue portée (LRRP). Ces unités furent ensuite intégrées au 75e régiment d’infanterie pour des raisons historiques, avant d’être dissoutes après le conflit.

Malgré la recréation du 1er bataillon du 75e régiment d’infanterie, puis du 2e bataillon, le général Creighton Abrams n’a pas remis en place d’éléments LRRP au sein des divisions. Cela a conduit ces dernières à former des unités provisoires, parfois de manière informelle. La 3e compagnie de reconnaissance de la 3e division d’infanterie en est un exemple marquant. Nathaniel Collins, ancien membre, en propose une brève histoire.

« La 3rd Recon Company a été créée en avril 1982 de manière officieuse, sous la forme d’une section volontaire basée à Giebelstadt, en Allemagne. Elle avait pour mission de tester l’efficacité d’une unité de reconnaissance longue portée en Europe, car tous les alliés de l’OTAN utilisaient déjà ces tactiques. Le concept fut évalué durant l’exercice Reforger 1982, où il rencontra un franc succès. Le commandement de la 82nd Airborne Division fut tellement impressionné qu’il annonça vouloir créer une unité similaire aux États-Unis. La section fut alors officiellement reconnue comme une compagnie, composée de deux sections de reconnaissance et d’un élément de commandement. »

Une photo récente prise lors d’une réunion d’anciens membres illustre cette unité.

Earl Corp apporte des précisions sur la filiation de cette compagnie : « La 3rd Infantry Division Reconnaissance Company était stationnée en Allemagne de 1982 à 1985, avant d’être transformée en E Troop, 3/7 Cavalry. Cette unité est ensuite devenue la 3rd ID LRSD (Long Range Surveillance Detachment). »

En milieu des années 1980, l’armée américaine avait adopté le concept de surveillance longue portée, avec un détachement LRS par division et une compagnie par corps d’armée. Le détachement E/3/7 représentait celui de la 3rd Infantry Division. Initialement rattachés à la cavalerie divisionnaire, ces détachements furent transférés aux bataillons de renseignement militaire, en raison de leur spécialité de reconnaissance en profondeur.

C’est à ce moment que l’auteur entre dans l’histoire. Malgré son statut de cryptolinguiste, il fut affecté à la compagnie D (LRS) du 103e bataillon de renseignement militaire entre 1989 et 1990, après un passage dans la compagnie A (Collecte et Brouillage) en 1988. Grâce au soutien de ses supérieurs, il intégra ce détachement, où il servit dans la section communications, apprenant à maîtriser les communications à haute fréquence et les patrouilles. Ses compétences en traduction allemand-français furent un atout.

Le tableau d’organisation et d’équipement prévoyait essentiellement des fantassins légers (MOS 11B) ainsi que des spécialistes radio (31C et 31V). Bien que peu nombreux, certains membres disposaient de spécialités moins traditionnelles, comme des artilleurs ou des mécaniciens, reflet de la nature initiale et provisoire du détachement. L’aptitude et les compétences prenaient le pas sur la spécialité exacte.

Le service dans une unité LRS est décrit comme une des expériences militaires les plus enrichissantes, offrant une progression professionnelle et tactique majeure, qui servira ensuite dans d’autres affectations spécialisées, notamment au sein du 3rd Special Forces Group. Une photo montre l’auteur entouré de ses camarades de la section communication, prêts pour un exercice d’infiltration en 1989. Les deux sections radio du détachement disposaient chacune d’une mitrailleuse M-60.

Si ces unités étaient toutes désignées parachutistes, seules les compagnies LRS des corps d’armée en Europe bénéficiaient du statut de saut en parachute, les détachements divisionnaires devant respecter un traité limitant les forces offensives sur le continent. Néanmoins, les autres unités LRS de l’armée américaine, y compris dans les divisions blindées, avaient ce statut.

Les unités LRS actives furent dissoutes en septembre 2005, bien que certaines unités de la Garde nationale aient encore opéré jusqu’en 2017.


En complément, le slogan visible sur le patch de moral, datant du début des années 1980, a continué d’être utilisé par le détachement malgré deux changements de désignation. Il tire son origine de la wyverne, un dragon figurant sur l’insigne distinctif de la division de la Marne. Cette unité était littéralement « les yeux » de la division, opérant en profondeur derrière les lignes ennemies.

Eric Graves