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La France explore actuellement avec les industriels une solution intermédiaire visant à remplacer le char principal Leclerc, vieillissant. Ce besoin urgent survient en raison du retard accumulé dans le projet franco-allemand de développement d’un char de nouvelle génération, le programme MGCS, a expliqué la ministre des Armées, Catherine Vautrin, lors d’une audition parlementaire vendredi.

Le Système terrestre de combat principal (MGCS), destiné à succéder au Leclerc, accuse environ dix ans de retard, a précisé la ministre en présentant la mise à jour de la loi de programmation militaire. Le gouvernement envisage un investissement supplémentaire de 36 milliards d’euros pour la période 2026-2030, portant ainsi l’effort de défense à 400 milliards d’euros pour la période 2024-2030.

Selon Catherine Vautrin, ce retard résulte notamment du choix allemand de lancer un programme Leopard 3 pour renouveler leurs chars. La France doit donc combler l’écart entre la fin de vie du Leclerc prévue vers 2038 et la mise en service attendue du MGCS, désormais envisagée seulement au début des années 2040.

« Pour cette capacité intermédiaire, nous voulons qu’elle soit le premier élément du MGCS et non le dernier char d’une génération passée », a-t-elle souligné. Le futur char serait ainsi « le premier char d’une nouvelle génération de systèmes interconnectés », avec un accent particulier sur la connectivité et l’intégration des systèmes.

La ministre a précisé que ce char provisoire pourrait s’appuyer sur une plateforme allemande de KNDS, associée à une tourelle française, cette dernière devant rester de fabrication française dans tous les cas. Des discussions sont en cours entre la Direction générale de l’armement (DGA) et plusieurs industriels, mais elles en sont « à leurs débuts ».

Ce surcroît de dépenses s’accompagne d’un réalignement des priorités militaires. Concernant le projet aéronautique européen compliqué du Système aérien de combat du futur (SCAF) impliquant la France, l’Allemagne et l’Espagne, la ministre a indiqué qu’une médiation est en cours entre Dassault Aviation et Airbus. Ces deux groupes, en désaccord sur la répartition des responsabilités et des travaux, ont conduit à un arrêt des travaux sur le nouveau chasseur.

Deux experts externes qualifiés dirigent ces négociations afin de résoudre les questions de propriété intellectuelle, de partage industriel et de certification aéronautique, avec une conclusion attendue fin avril, ce qui devrait permettre d’avancer sur ce dossier.

Le PDG de Dassault, Éric Trappier, a rappelé début avril en conférence sectorielle qu’ils tentent d’aboutir à un accord avec Airbus, bien qu’il ne soit « pas un partisan de la cogestion ». Rappelons que l’intégration de l’Espagne au projet a renforcé la place d’Airbus, ce que Dassault pourrait contester dans la mesure où un leadership initial lui avait été accordé.

Les parlementaires ont également signalé que le projet Eurodrone, conduit par Airbus pour un drone MALE, ne figurait plus dans le budget révisé, la ministre ayant indiqué qu’il ne progresse pas de façon satisfaisante. De même, le gouvernement a renoncé à l’acquisition prévue du drone MALE Patroller de Safran.

Par ailleurs, la France prévoit d’accélérer les commandes du système de défense aérienne longue portée SAMP/T NG avec un objectif porté à dix systèmes en 2030, contre huit initialement, tout en maintenant un objectif de douze systèmes en 2035.

Le programme prévoit aussi l’acquisition de 225 avions Rafale d’ici 2035, répartis entre l’Armée de l’air et la Marine nationale. Plutôt que d’acheter des Rafale supplémentaires en configuration F4, le choix est fait de se tourner vers le futur standard F5, qui intégrera notamment le missile nucléaire hypersonique ASN4G en développement.

Le budget comprend 3,5 milliards d’euros destinés à moderniser les infrastructures aéronautiques de combat via une approche combinant missiles à longue portée, drones d’escorte et connectivité. Ces avancées sont jugées nécessaires pour maintenir la compétitivité du Rafale à l’export, estime la ministre, qui considère la version F5 comme une amélioration majeure.

Le plan de dépenses actualisé prévoit 30 systèmes de lancement de roquettes multiples (MLRS) en 2030, contre seize auparavant, renforçant ainsi les capacités d’attaque à longue portée.

Deux systèmes d’artillerie roquette développés en France seront testés ce mois-ci, ce qui devrait permettre à l’État-major de décider fin avril s’ils peuvent constituer une « solution souveraine » ou s’il faudra se tourner vers un système déjà existant. Safran et MBDA développent leurs propres solutions, tout comme Thales en partenariat avec ArianeGroup.

Le budget actualisé ajoute aussi un milliard d’euros pour initier une capacité d’attaque balistique conventionnelle longue portée.

Enfin, le ministère des Armées prévoit la commande en 2024 de 10 000 drones de combat, 43 canons antidrones Proteus, ainsi que quatre systèmes SAMP/T NG et des systèmes de défense aérienne pour 4 milliards d’euros, spécifiquement adaptés à la lutte contre les menaces de drones. En 2026, les livraisons devraient inclure 5 000 drones, trois systèmes laser antidrones et deux avions de transport Airbus A400M.

Catherine Vautrin a salué les efforts des industriels français pour augmenter leur production, notamment MBDA qui prévoit de quadrupler la fabrication de missiles sol-air Mistral 3 pour atteindre 800 unités annuelles en 2028. La production du missile de croisière Scalp devrait également passer de 240 exemplaires en 2025 à 360 en 2027.