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L’Armée américaine, en pleine modernisation de ses unités d’infanterie de premier rang autour du véhicule léger Infantry Squad Vehicle (ISV), travaille déjà sur une version renforcée de ce dernier, nommée ISV-Heavy. Cette variante vise à répondre à des besoins spécifiques liés à la puissance électrique sur le terrain.

Contrairement à ce que son appellation pourrait suggérer, l’ISV-Heavy ne sera pas nécessairement plus blindé ou robuste que son prédécesseur à plateforme ouverte. Son objectif principal est d’embarquer une série de batteries et de générateurs destinés à alimenter en électricité les drones, équipements de communication, ainsi que des « systèmes d’armes à énergie dirigée », selon les exigences publiées fin mars par le département de l’Armée.

Un responsable militaire américain a précisé que l’ISV-Heavy remplit un « besoin de niche » en servant de station mobile d’énergie pour des unités d’infanterie modernes dont les systèmes sont très gourmands en électricité. Jesse D. Tolleson Jr., sous-secrétaire adjoint à l’acquisition, à la logistique et à la technologie de l’Armée, a déclaré lors d’une audition budgétaire devant un sous-comité sénatorial que ce véhicule se focalisera essentiellement sur la production d’énergie. « L’un des principaux manques actuels est la génération d’énergie au niveau des brigades de combat mobiles », a-t-il souligné.

Comme pour l’ISV standard, cette version « lourde » ne sera pas conçue pour des assauts directs. Les documents contractuels en avril indiquent plutôt qu’elle s’apparente à une station de recharge électrique robuste et mobile, capable de fournir jusqu’à 60 kilowatts de courant continu haute tension, soit une puissance comparable à celle d’une borne de recharge électrique commerciale destinée aux véhicules électriques.

Cette capacité permettrait notamment d’alimenter une centaine d’ordinateurs portables ou l’équivalent de dix réfrigérateurs domestiques. L’ISV-Heavy devra aussi disposer d’un mode « opérations silencieuses soutenues » minimisant les émissions acoustiques, thermiques et électromagnétiques, en fonctionnant sur une batterie de 60 kWh au lieu de son moteur principal.

Transporter vers le combat, sans y participer directement

La brigade de combat mobile (MBCT) est la structure que l’Armée adopte actuellement sur ses formations d’infanterie, avec l’ISV léger, rapide et peu blindé, comme élément central. Environ 1 000 ISV ont d’ores et déjà été déployés auprès des unités d’élite, dont les 25e, 82e et 101e divisions aéroportées ainsi que le 75e régiment Rangers, chacun disposant d’environ 200 véhicules.

Pour soutenir cette évolution, l’Armée a signé l’an dernier des accords avec trois entreprises technologiques visant à mettre au point des ISV autonomes, après que des troupes de la 101e division ont testé un prototype lors d’un exercice au Joint Readiness Training Center.

En 2025, l’ISV a déjà été évalué dans un contexte opérationnel non combatif lorsqu’une centaine de véhicules ont été engagés pour des opérations de secours en Caroline du Nord et au Tennessee, après l’ouragan Helene, dans des régions devenues inaccessibles par la route.

Ce mois-ci, trois unités de la Garde nationale de Pennsylvanie, d’Idaho et d’Indiana ont entamé leur formation initiale avec les ISV. Les brigades mobiles des États respectifs, auparavant équipées de véhicules Stryker ou blindés lourds Abrams et Bradley, se convertissent ainsi à cette nouvelle doctrine de mobilité accrue.

Développé dès 2019, l’ISV avait été sévèrement critiqué dans un rapport de 2021 qui le jugeait « peu efficace pour des missions en combat direct ou de coopération face à des menaces proches », en raison de sa faible protection et de sa structure ouverte.

Cependant, en 2023, l’Armée a redéfini son rôle : il ne s’agit plus de s’engager directement au combat, mais de transporter rapidement les soldats vers les objectifs, en privilégiant la vitesse et la maniabilité sur le blindage.

Construit sur la base d’un pick-up Chevrolet Colorado, l’ISV permet donc de se déplacer plus vite que des véhicules blindés lourds tels que les Stryker ou les Joint Light Tactical Vehicles (JLTV).

Cette stratégie s’inspire des tactiques efficaces observées sur le champ de bataille ukrainien où la rapidité et la mobilité des petites unités font souvent la différence face aux menaces aériennes, d’artillerie et aux drones adverses.

De plus, un rapport de 2023 a souligné les progrès réalisés par General Motors pour améliorer la fiabilité de ce véhicule.