Le Royaume-Uni entame la définition des besoins pour le successeur des sous-marins de la classe Dreadnought, avec le Plan d’Investissement en Défense qui prévoit de lancer les premières études sur la dissuasion stratégique post-Dreadnought au cours de ce Parlement. Cette étape intervient alors que les quatre sous-marins Dreadnought sont encore en construction et ne devraient entrer en service que dans les années 2030.
Le plan inclut dans ses investissements nucléaires « le lancement de la définition du besoin pour la dissuasion stratégique post-Dreadnought au cours de ce Parlement », s’engageant ainsi à anticiper dès à présent la future capacité sous-marine. Le quatrième et dernier bâtiment de la série, le HMS King George VI, a vu sa construction débuter l’an dernier à Barrow-in-Furness, rejoignant le Dreadnought, le Valiant et le Warspite déjà en cours de fabrication.
Le fait de commencer si tôt les travaux sur le successeur reflète l’une des leçons majeures de la politique britannique en matière de sous-marins. Le vide laissé après la classe Vanguard a entraîné une perte de compétences et de capacités industrielles, que les programmes récents ont dû coûteusement reconstruire. Le ministère de la Défense a ainsi montré sa volonté d’éviter ce type de rupture en lançant dès l’an dernier des études conceptuelles préliminaires sur les sous-marins post-Dreadnought, en cohérence avec la planification stratégique alliée.
La durée de vie prévue des sous-marins Dreadnought s’étend sur plusieurs décennies, ce qui signifie que leur remplacement n’est pas attendu avant le milieu du siècle. Cependant, les décisions concernant la conception, l’industrie et les ogives nécessaires à une plateforme de dissuasion nucléaire se prennent sur des horizons temporaux longs, mesurés en dizaines d’années, plutôt qu’en quelques années.
Le plan d’investissement s’inscrit dans un cadre nucléaire plus large. La classe Vanguard sera maintenue opérationnelle depuis les bases de Clyde et Devonport tant qu’elle continuera d’assurer la dissuasion. Parallèlement, le programme d’ogives poursuivra la maintenance de la Mk4A actuelle tout en développant son successeur, Astraea. Ce volet bénéficie d’une enveloppe de 15 milliards de livres sterling annoncée dans la Revue stratégique de défense, couvrant la période 2025-2026 à 2029-2030.
Ces investissements incluent notamment le soutien stratégique des sites d’AWE Aldermaston, Burghfield et RNAD Coulport, l’achèvement de la plateforme MENSA dédiée à l’assemblage et au désassemblage des ogives, ainsi que la construction d’un Campus Matériaux du Futur visant à moderniser les processus de fabrication, de stockage et de récupération des matériaux nucléaires. Un programme dédié aux combustibles nucléaires doté de 1,7 milliard de livres explorera le rétablissement d’un cycle du combustible nucléaire de défense. Enfin, 6 milliards seront consacrés à l’expansion et à la transformation des capacités de fabrication des sous-marins dans la même période.
Le plan souligne également le rôle de la dissuasion au sein des alliances du Royaume-Uni, citant notamment l’Accord de défense mutuelle de 1958 et l’Accord de vente Polaris de 1963 avec les États-Unis, ainsi que le renforcement des relations avec la France en matière de politique, capacités et opérations nucléaires, dans le cadre de la Déclaration de Northwood de 2025. Les dépenses totales dédiées à la dissuasion, incluant Dreadnought, les sous-marins SSN-AUKUS et le programme d’ogives, s’élèveront à 63 milliards de livres sur les quatre prochaines années.
Le plan ne précise cependant pas la forme que prendra la plateforme post-Dreadnought, ni son nombre, ni la date à laquelle une décision de conception serait attendue. L’engagement reste limité au lancement de la définition des besoins avant la fin de cette législature.