Le ministère indien de la Défense a validé l’acquisition d’une capacité de pseudo-satellite haute altitude à voilure fixe (HAPS) afin de renforcer ses capacités de surveillance longue endurance, en attendant la mise en service d’une constellation militaire de 52 satellites prévue pour 2029.
Le ministère n’a pas précisé le nombre d’appareils, leurs caractéristiques techniques ni le fabricant. Deux organisations indiennes, l’une publique et l’autre privée, développent actuellement des technologies HAPS indigènes à voilure fixe.
Un pseudo-satellite haute altitude est un aéronef de surveillance sans pilote conçu pour évoluer dans la stratosphère, à des altitudes supérieures à 65 000 pieds (environ 19 812 mètres). Cette altitude permet à l’appareil de rester stationné au-dessus d’une zone précise pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
À titre de comparaison, le drone de surveillance opérationnel à plus haute altitude au monde, le RQ-4 Global Hawk, vole jusqu’à 65 000 pieds, mais ne dispose que d’une endurance d’un peu plus d’une journée.
Contrairement aux drones classiques fonctionnant avec du carburant, les HAPS à voilure fixe utilisent des panneaux solaires pour produire de l’électricité durant la journée et des batteries rechargeables pour maintenir leur vol de nuit. L’air rare et faiblement résistant de la stratosphère réduit aussi la consommation énergétique.
Un faible nombre de satellites
Actuellement, l’Inde exploite environ une douzaine de satellites militaires ou à double usage pour surveiller ses frontières, ses mers environnantes et les activités dans les pays voisins, alors que la Chine dispose d’environ 300 satellites militaires.
Les satellites en orbite basse effectuent une révolution autour de la Terre en environ 90 minutes. Une constellation réduite entraîne ainsi des temps de revisite de plusieurs heures au lieu de quelques minutes au-dessus d’une zone ciblée.
Cela diminue la fréquence des observations et augmente le risque que des activités sensibles — mouvements de troupes, déploiement de missiles, opérations navales — passent inaperçues entre deux passages satellites.
Le HAPS comble cette lacune
Le pseudo-satellite haute altitude vient pallier cette limitation en assurant une couverture optique, infrarouge et de renseignement d’origine électromagnétique (SIGINT) continue sur un rayon pouvant atteindre 500 kilomètres, et ce pendant plusieurs semaines, tout en évoluant au-dessus des conditions météorologiques et hors de portée de nombreux systèmes de défense aérienne.
L’Inde développe deux programmes HAPS indigènes. Le premier, conduit par le CSIR – National Aerospace Laboratories (CSIR-NAL), progresse depuis une démonstration technologique avec un prototype à échelle réduite en 2024 vers des essais en altitude et l’intégration de charges utiles, notamment un radar à synthèse d’ouverture. Selon The Times of India, la version à l’échelle réelle devrait débuter ses essais en vol en 2027, pour une capacité opérationnelle visée vers 2030.
Conçu pour évoluer jusqu’à 23 kilomètres d’altitude (75 000 pieds) pendant au moins 90 jours, cet appareil devrait embarquer des capteurs électro-optiques/infrarouges, un radar à synthèse d’ouverture et des charges utiles de communication, à la fois pour des usages civils et militaires.
Le second programme est porté par NewSpace Research & Technologies, basé à Bengaluru, qui a obtenu un contrat de développement soutenu par le ministère de la Défense en 2022. L’entreprise mène depuis une série d’essais progressifs avec un prototype à échelle réduite.
En mai 2024, ce prototype a réalisé un vol de 27 heures à 26 000 pieds (7 925 mètres), établissant un record national d’endurance pour un aéronef sans pilote indigène, dépassant son précédent record de 24 heures.
Ces essais élargissent la zone de vol possible avant la réalisation d’un appareil complet capable d’évoluer dans la stratosphère pendant 90 jours.
Le HAPS à taille réelle devrait peser environ 450 kilogrammes au décollage et afficher une envergure de 24 à 25 mètres.
Volant autour de 20 kilomètres d’altitude (65 000 pieds), il embarquera une charge utile de 35 kilogrammes destinée à la surveillance, au renseignement, au relais de communication, ainsi qu’à la surveillance terrestre et maritime, tout en restant hors de portée des trafics commerciaux, des phénomènes météorologiques majeurs et des systèmes de défense aérienne les plus courants.