Le projet de nouvelle frégate F126 de la Marine allemande, initialement conçu sous le nom de navire de combat polyvalent (MKS) 180 – ironiquement surnommé « Mon petit navire » en raison de son acronyme – est désormais abandonné. Le ministère de la Défense a officialisé l’arrêt de ce programme, marquant l’échec de la première attribution européenne d’un contrat majeur d’armement maritime ainsi que du premier grand projet naval du groupe Rheinmetall.
Le programme MKS180 remonte à plusieurs années, mais les étapes décisives furent l’attribution du marché en janvier 2020 à la société néerlandaise Damen Schelde Naval Shipbuilding, à l’issue d’un appel d’offres européen, l’approbation du projet par la commission budgétaire du Bundestag en juin 2020, puis son renommage en frégate F126 en décembre 2020.
Le contrat initial portait sur la construction de quatre unités pour un budget d’environ 5,48 milliards d’euros. Ce montant incluait non seulement les frégates mais aussi deux modules de mission dédiés à la lutte anti-sous-marine, deux autres modules pour la détention et des infrastructures de formation. La dotation globale, incluant les armements, se situait autour de 6 milliards d’euros.
En 2024, deux frégates supplémentaires ont été commandées, portant à six le nombre total d’unités prévues. Cependant, de lourds problèmes sont rapidement apparus : la société Damen réclamait des paiements supplémentaires, tandis que les sous-traitants allemands souhaitaient une part accrue des revenus. Malgré un accord initial, d’autres difficultés techniques et organisationnelles complexes, incluant des tensions entre Damen et les chantiers allemands impliqués ainsi que l’échec de la reprise du projet par ces derniers, ont conduit à sa suspension.
Le groupe Rheinmetall, qui avait temporairement acquis Naval Vessels Lürssen, principal sous-traitant allemand, a tenté de sauver le programme en reprenant la responsabilité générale des travaux, mais cette option s’est révélée infaisable en raison des surcoûts anticipés.
Ce mercredi, le ministère de la Défense a confirmé l’abandon définitif du projet :
« Le ministère de la Défense a décidé de ne pas poursuivre la construction des six frégates de type F126, en réponse aux retards importants, aux augmentations de coûts prévisibles et aux risques liés à un changement de maître d’œuvre.
Sous réserve de l’approbation de la commission budgétaire, l’acquisition de huit frégates MEKO – principalement consacrées à la chasse aux sous-marins – est envisagée en coopération étroite avec l’inspecteur de la Marine.
La lutte anti-sous-marine, mission essentielle au sein de l’OTAN, constitue une priorité nationale. Le respect strict des engagements pris envers l’Alliance est crucial dans le cadre de la commande de frégates.
Le constructeur principal, Damen Schelde Naval Shipbuilding (DSNS), n’a pas respecté les délais ni les budgets convenus. Le contrat initial prévoyait la livraison d’une première unité opérationnelle à mi-2028, avec les six frégates opérationnelles d’ici 2033. Le coût estimé en 2020 s’élevait à près de 10 milliards d’euros pour six navires.
En réponse aux retards conséquents annoncés par DSNS et à l’impossibilité de livrer dans les conditions contractuelles, le ministère a étudié, dès 2025, la possibilité de confier le projet à Naval Vessels Lürssen (NVL).
Cette analyse est aujourd’hui achevée et démontre que la poursuite du projet entraînerait des surcoûts majeurs. Un contrat avec NVL pour six unités a été négocié à environ 15,2 milliards d’euros, sans compter les prestations déjà engagées et les contrats annexes. Le coût total du programme dépasserait ainsi 18 milliards d’euros.
Un changement de maître d’œuvre aurait également imposé au ministère de renoncer à d’éventuelles réclamations financières contre DSNS, ce qui ne correspond pas à une gestion responsable des fonds publics. Le montant de ces recours est actuellement en cours d’examen juridique.
C’est pourquoi le ministère a décidé de mettre un terme au projet F126.
L’inspecteur de la Marine a confirmé que les frégates MEKO A-200 DEU peuvent remplir la mission principale de chasse aux sous-marins ainsi que les engagements pris auprès de l’OTAN. De plus, une flotte homogène présente des avantages substantiels en termes d’exploitation, maintenance et formation.
Le ministère soumettra rapidement au Bundestag une proposition pour l’achat de huit frégates MEKO, afin de renforcer au plus vite les capacités promises à l’Alliance.
Le coût d’acquisition des quatre premières unités MEKO A-200 serait d’environ 6,3 milliards d’euros, sous réserve de validation budgétaire. L’option pour quatre frégates supplémentaires pourrait être levée d’ici fin 2026 pour environ 5,3 milliards d’euros.
L’augmentation des coûts par rapport aux estimations initiales repose principalement sur la conversion des évaluations industrielles en offres contractuelles de TKMS (Thyssen Krupp Marine Systems). Les dépenses liées aux adaptations indispensables proposées représentent à peine 5 % du total, et ne sont pas un facteur déterminant de la hausse.»
Les frégates MEKO, conçues par TKMS, étaient envisagées depuis plusieurs mois comme solution transitoire, avec des premiers précontrats signés. Ces unités resteront plus économiques que les F126, même si leur coût final s’avère légèrement supérieur aux prévisions initiales.