Un député britannique du parti travailliste a exhorté son propre gouvernement à informer le public sur l’ampleur réelle des activités hostiles russes au Royaume-Uni. Graeme Downie affirme que le pays est déjà en conflit avec Moscou, même si les ministres refusent de le reconnaître officiellement.
Le député de Dunfermline et Dollar a partagé son inquiétude après une enquête du New York Times révélant que des hackers liés à la Russie étaient à l’origine de l’attaque par ransomware ayant paralysé Jaguar Land Rover l’année dernière. Depuis plusieurs mois, il alerte sur ce sujet, y compris lors d’une intervention à la Chambre des communes la semaine précédente, espérant ainsi pousser à une plus grande transparence. Ses propos :
« Depuis des mois, j’appelle le gouvernement britannique à publier davantage d’informations sur cette attaque, notamment dans l’Hémicycle la semaine dernière, afin que le peuple britannique comprenne que nous sommes déjà en conflit avec la Russie. »
L’enquête du Times, s’appuyant sur des sources proches du dossier, indique que le FBI, la National Crime Agency, le National Cyber Security Centre, ainsi que les unités spécialisées de Microsoft et Google (Mandiant) ont collaboré à l’enquête. Leur conclusion : la cyberattaque est attribuée à un groupe lié à la Russie. Reste toutefois à déterminer si ces hackers agissaient sous ordre direct du Kremlin, de manière autonome, ou avec la bienveillance passive de l’État russe. Microsoft aurait alerté Jaguar Land Rover quelques jours seulement après l’attaque à propos du groupe suspect.
Les chiffres sont impressionnants : environ 800 systèmes informatiques de JLR ont été paralysés, entraînant un arrêt de la production pendant plus de cinq semaines dans les usines situées au Royaume-Uni, en Inde, au Brésil et en Slovaquie. La chaîne d’approvisionnement, composée de 200 000 employés, a également été gravement affectée. Le préjudice subi par l’économie britannique est estimé jusqu’à 1,9 milliard de livres sterling, ce qui a conduit le gouvernement à octroyer un plan de soutien de 1,5 milliard de livres pour maintenir à flot le constructeur automobile.
Cette implication russe n’était pas une surprise totale. Dès octobre dernier, le Telegraph indiquait que l’enquête considérait la piste russe comme « active », notamment du fait qu’aucune demande de rançon n’était parvenue, signe que cette attaque ne correspondait pas à un simple ransomware criminel classique. À l’époque, un porte-parole gouvernemental se contentait de déclarer que le Royaume-Uni continuerait à dénoncer les activités cybercriminelles malveillantes dès que les preuves seraient établies.
Pour Graeme Downie, les cyberattaques ne sont qu’une partie d’un tableau plus large. Dans un autre message, il évoque également des actes de empoisonnement, des sabotages de câbles sous-marins et un complot d’incendie criminel visant la voiture du Premier ministre, soulignant que ces incidents s’inscrivent dans une même dynamique. Il affirme :
« Cyberattaques, empoisonnements, câbles sous-marins, un projet d’incendie criminel contre la voiture du Premier ministre. Il ne s’agit pas d’activités « sous le seuil » ou « grises ». Ces attaques russes affectent directement le quotidien des Britanniques. Nous devons les informer et les protéger. »
La référence à l’incendie concerne Roman Lavrynovych et Stanislav Carpiuc, condamnés début juin pour une série d’attaques incendiaires contre des propriétés et une voiture en lien avec Sir Keir Starmer, le chef du Parti travailliste. Les enquêtes suggèrent que ces deux hommes auraient été dirigés par un intermédiaire russophone via l’application Telegram, dans le cadre d’une vaste campagne de sabotage et de désinformation orchestrée par Moscou. Néanmoins, les autorités britanniques n’ont pas encore formellement attribué ces actes à la Russie devant les tribunaux.
Ben Wallace, ancien secrétaire à la Défense, a qualifié cette campagne incendiaire d’« escalade délibérée et évidente contre l’État britannique », estimant qu’elle aurait nécessité une approbation des plus hautes instances à Moscou.
Si les ministres britanniques refusent toujours de parler ouvertement de « conflit », les faits rassemblés – une perte de 1,9 milliard de livres pour l’un des plus grands constructeurs automobiles du pays, deux condamnations liées à un complot d’incendie contre la voiture du Premier ministre, et des interrogations persistantes sur des dégâts causés aux câbles sous-marins – suscitent des questions au sein du Parlement sur le recours trop facile à la notion d’« activités grises ».