Un think tank américain, le Center for a New American Security (CNAS), a récemment analysé la posture de défense de Taïwan face à la menace d’une invasion chinoise potentielle. Le rapport met en lumière les lacunes de la stratégie actuelle de l’île et souligne la nécessité d’une meilleure coordination dans l’utilisation des drones.
Il propose un concept baptisé « Hellscape », fondé sur un déploiement synchronisé de drones dans les espaces aérien, maritime et subaquatique. Cette approche viserait à renforcer la défense taïwanaise et à compliquer toute opération amphibie chinoise. Inspiré par les enseignements des conflits récents, notamment la guerre en Ukraine, le concept valorise l’emploi de systèmes autonomes commerciaux pouvant perturber des opérations militaires conventionnelles à faible coût.
Grâce à des drones robustes, capables de fonctionner malgré les brouillages GPS et communications, Taïwan pourrait frapper les forces amphibies chinoises en transit ainsi qu’aux zones de débarquement.
Selon le CNAS, l’objectif est d’empêcher Pékin d’effectuer une occupation rapide en se concentrant sur le contrôle de la zone littorale plutôt que sur un affrontement à grande échelle à l’intérieur des terres. Cette stratégie vise également à renforcer la dissuasion en augmentant le coût et les risques d’une invasion.

Le cadre opérationnel du « Hellscape »
Ce concept organise les mesures défensives de Taïwan en plusieurs couches géographiques et opérationnelles s’étendant de près de 80 kilomètres en mer jusqu’aux côtes.
Dans la couche la plus éloignée, des drones aériens, de surface et subaquatiques à longue portée sont déployés pour perturber et endommager les navires chinois tout en épuisant progressivement leurs capacités de défense anti-interception.
La couche intermédiaire, située entre 35 kilomètres et 5 kilomètres des côtes, utilise des mines marines et des drones d’attaque à sens unique pour canaliser et ralentir les embarcations de débarquement.
Enfin, la zone la plus proche, de 5 kilomètres jusqu’aux plages de débarquement, correspond à la dernière ligne de défense où des drones à courte portée sont mobilisés pour engager les navires dès qu’ils entrent dans le champ visuel.
Le rapport insiste sur le fait que l’efficacité du concept Hellscape dépend d’une intégration étroite entre systèmes télépilotés et capacités conventionnelles ou asymétriques. Elle requiert également l’élaboration de doctrines opérationnelles claires ainsi que des exercices rigoureux pour préparer les forces à cette nouvelle forme de guerre.