Le Fujian, porte-avions le plus récent et le plus puissant de la flotte chinoise, a navigué mardi dans le détroit de Taïwan, a annoncé le ministère taïwanais de la Défense. Ce passage intervient un jour après le lancement par Taïwan d’un exercice militaire de cinq jours destiné à préparer une éventuelle riposte à une agression chinoise.
Le Fujian avait traversé pour la première fois ce détroit, qui sépare la Chine de l’île, lors d’un essai en septembre dernier. En décembre, il a franchi à nouveau le détroit, cette fois en pleine capacité opérationnelle en tant que navire militaire.
La Chine revendique Taïwan, île à statut autonome, comme faisant partie de son territoire national et n’exclut pas le recours à la force pour en assurer le contrôle. Ces dernières années, les démonstrations de force chinoises se sont intensifiées, avec des incursions régulières de navires de guerre et d’avions de combat dans la zone autour de Taïwan, devenues quasi quotidiennes.
En réaction, Taïwan a entamé lundi de vastes manœuvres militaires de cinq jours pour renforcer ses capacités de réponse face à une possible invasion.
Les États-Unis déploient régulièrement des bâtiments de guerre dans le détroit, accompagnés parfois par certains alliés, afin d’adresser un avertissement à Pékin : toute tentative d’imposer sa souveraineté par la force sur l’île serait contestée.
Mis en service en novembre 2025, le Fujian est le plus grand navire de guerre non nucléaire au monde, selon l’Institut naval américain. Il est également considéré comme technologiquement plus avancé que les deux autres porte-avions chinois, le Liaoning et le Shandong.
Une nouvelle phase de pression maritime
Ce mois-ci, Pékin a adopté ce que Taïwan qualifie de nouvelle tactique de pression en envoyant des navires garde-côtes le long de la côte est taïwanaise, instaurant ainsi une présence quasi-permanente qui laisse à penser que la Chine exerce une juridiction sur ces eaux, ce qui a provoqué l’ire de Taipei.
Lors d’une intervention devant le Club des correspondants étrangers à Taïwan, le principal responsable taïwanais en charge des relations avec la Chine a affirmé que le gouvernement refuse d’accepter « l’objectif final de Pékin qui est de s’unifier avec Taïwan ».
« Bien que Taïwan fasse face à une pression croissante et sans précédent, notre détermination à protéger notre souveraineté et notre démocratie n’a jamais été aussi forte », a déclaré Chiu Chui-cheng, ministre du Conseil des affaires continentales.
« Il n’est pas question de compromis. Nous ne céderons jamais face aux menaces ou à la pression grandissante de la Chine. Taïwan ne se rendra jamais. »
Le Fujian avait déjà franchi le détroit pour la dernière fois à la mi-décembre, tandis que le Liaoning, le plus ancien des trois porte-avions chinois, y est passé en avril.
Ce porte-avions présente une innovation majeure avec une piste de vol entièrement plate équipée de catapultes électromagnétiques. Cette technologie lui permet de lancer des avions plus lourds, augmentant considérablement sa puissance de projection par rapport aux deux précédents porte-avions chinois d’origine russe, qui utilisent des tremplins pour le décollage.
Le Fujian peut transporter un nombre supérieur de chasseurs et embarquer un armement plus lourd que le Liaoning et le Shandong, ce qui renforce considérablement sa polyvalence et son potentiel combatif.
La Chine revendique exclusivement la souveraineté sur le détroit de Taïwan, une voie maritime cruciale pour le commerce régional. Taïwan et les États-Unis considèrent cependant ce détroit comme une voie internationale ouverte à la navigation.
Les forces navales américaines y déploient régulièrement des bâtiments, généralement tous les quelques mois, accompagnées ponctuellement par certains alliés.
Enfin, le gouvernement taïwanais affirme que c’est uniquement le peuple de l’île qui doit décider de son avenir, insistant sur le respect du principe d’autodétermination.