Les chasseurs F/A-18 C/D « Hornet » du Corps des Marines américain approchent de la fin de leur cycle opérationnel, avec un retrait progressif prévu d’ici 2030. Actuellement, seules trois escadrilles sont encore actives, la transition vers le F-35 Lightning II étant déjà engagée. Ce changement impacte non seulement les pilotes, mais aussi le personnel spécialisé, tels que les mécaniciens et techniciens avioniques, dont les compétences acquises sur le F/A-18 deviendront obsolètes sans recyclage. Ceux qui ne souhaitent pas se reconvertir risquent d’être redéployés selon les besoins du Corps des Marines, la transition se déroulant toutefois par zones géographiques.
La Station Aérienne du Corps des Marines (MCAS) de Beaufort, en Caroline du Sud, cessera les opérations avec les F/A-18 « Hornet » le 1er août 2028 ; celle de Miramar, en Californie, suivra un an plus tard, le 1er août 2029. Enfin, la Base Conjointe de la Réserve Aéronavale de Fort Worth, au Texas, mettra fin à l’emploi de ces appareils le 1er août 2030.
Le dernier escadron d’entraînement sur F/A-18 « Hornet » a été dissous en 2018, marquant la fin d’une ère pour cet avion polyvalent, adopté officiellement par le Corps des Marines en janvier 1983. Avant son introduction, le USMC s’appuyait principalement sur les F-4 Phantom et A-7 Corsair, subissant à l’époque une transition comparable. La retraite du Hornet permettra de libérer des ressources pour l’intégration accrue du F-35.
Maintien des derniers Hornet
Dans le cadre du Plan Aviation 2026, le Corps des Marines prévoit de conserver trois escadrilles : deux en service actif et une en réserve. Avec une flotte de 125 F/A-18C/D, le Hornet demeure un système d’arme performant, grâce à une combinaison avancée de capteurs et d’armements offrant une grande flexibilité pour les frappes navales, les missions d’interdiction aérienne et le déploiement sur des bases avancées.
Cette pertinence opérationnelle s’explique notamment par un ambitieux programme final de modernisation, renforçant la survivabilité et la létalité face aux menaces aériennes et terrestres, permettant au Hornet de continuer à remplir ses missions.
Depuis 2022 et jusqu’à fin 2026, les F/A-18 Marine reçoivent le radar AESA AN/APG-79(v)4, ainsi qu’un système de guerre électronique ALQ-214(v)5, des détecteurs d’alerte radar ALE-67(v)3, des communications BLOS (Beyond Line Of Sight) et l’intégration du système automatique de prévention de collision terrain (AGCAS).
Il est important de noter que toutes les machines n’ont pas été modernisées, seuls les appareils jugés les plus prometteurs ayant bénéficié de ces améliorations. De plus, au cours des quinze dernières années, des renforcements structurels ont permis d’allonger la durée de vie des Hornet de 5 000 à 7 000 heures de vol.
Malgré ces efforts, le coût élevé de maintenance, la fatigue des structures et la popularité croissante du F-35 Lightning II ont fait diminuer la flotte totale, limitée à 125 exemplaires en 2024, contre 617 en 2015. À cette date, 88 % de ces avions avaient dépassé les 5 000 heures de vol.
Avant le retrait, le Corps des Marines a également lancé une initiative d’armement des Hornet avec des missiles de croisière : le missile air-sol à longue portée AGM-158 (JASSM) permet désormais d’atteindre des cibles à plus de 350 km, tandis que la version ER dépasse les 1 000 km.
La fin d’un cycle opérationnel pour le F/A-18C/D
Le F/A-18 Hornet a servi le Corps des Marines durant plus de 30 ans, marquant l’histoire opérationnelle depuis la Guerre du Golfe (Opération Tempête du Désert, 1991) jusqu’aux missions de soutien aérien en Irak et lors de la guerre contre le terrorisme. Sa polyvalence et sa fiabilité ont assuré la supériorité aérienne des Marines sur une génération entière, permettant d’accomplir des missions multi-rôles en zones hostiles ou permissives.
Cependant, les exigences technologiques actuelles, impliquant furtivité, fusion avancée des capteurs et intégration numérique, rendent indispensables l’adoption du F-35. La transition au F-35B s’inscrit dans un contexte où le Corps des Marines se prépare à des opérations maritimes distribuées, conformes au concept « Force Design 2030 ».
Face à la montée des tensions dans l’Indo-Pacifique et ailleurs, la nécessité d’avoir des avions capables de survivre au « premier jour de la guerre » et d’être déployés sur des bases avancées devient cruciale.
Les Hornet, bien que fiables, manquent de furtivité et peinent à affronter des environnements dominés par les systèmes intégrés de défense aérienne (IADS) et les adversaires de cinquième génération. Le F-35B et son homologue F-35C ne modernisent pas seulement la flotte, ils transforment fondamentalement les modes d’action, de soutien et de maintien de la supériorité aérienne.
Les Marines, historiquement visionnaires et adaptables, répondent ainsi à l’ampleur des investissements adverses, notamment chinois et russes, dans les stratégies de déni d’accès (A2/AD). Le F-35B offre la pénétration tactique et la polyvalence dont ils ont besoin pour affronter ces menaces.
Au terme de l’année fiscale 2026, le Corps des Marines aura réceptionné 205 F-35B et 56 F-35C, destinés à soutenir les escadrons opérationnels, les unités de remplacement et les centres d’essais. Le nombre d’appareils par escadron devrait passer de 10 à 12 d’ici 2035.
Un point souvent soulevé concerne le non-recours au F/A-18E/F Super Hornet qui, lui, continue d’être déployé par l’US Navy. Cette différence s’explique par des éléments doctrinaux, budgétaires et stratégiques visant à éviter une flotte « intermédiaire » trop complexe.
Le Super Hornet n’est pas qu’une version modernisée du Hornet : plus grand, avec un rayon d’action étendu, une meilleure charge utile et des systèmes électroniques plus avancés, il demeure une pièce maîtresse des groupes aéronavals, notamment pour des missions où la furtivité du F-35C n’est pas primordiale ou quand la capacité d’emport prime.
Pour le Corps des Marines, l’introduction du Super Hornet aurait nécessité de lourds investissements dans la formation, la maintenance et la logistique, ralentissant la transition vers le F-35. Il a donc été décidé de concentrer les ressources pour une transition directe vers la technologie de cinquième génération.
Si cette décision paraît radicale, elle présente une logique claire : maintenir une flotte hétéroclite (Hornet, Super Hornet, Harrier, F-35B et F-35C) augmenterait inutilement les coûts et complexifierait les préparations opérationnelles. L’objectif est au contraire d’optimiser le nombre de types d’avions pour renforcer l’interopérabilité.
La Navy peut se permettre de prolonger la durée de vie du Super Hornet grâce à sa puissante aviation embarquée, ses porte-avions nucléaires et ses besoins spécifiques. Les Marines, eux, doivent adapter leurs moyens aux opérations dispersées, aux bases avancées et à la guerre dans le Pacifique. Pour eux, le Super Hornet aurait été une solution transitoire efficace, mais le F-35 représente un investissement plus lourd et mieux aligné avec leurs perspectives doctrinales.
