Douze alliés de l’OTAN ont lancé un nouveau projet multilatéral portant sur les matières premières stratégiques pour la défense, visant à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement indispensables à la production de matériel militaire, a annoncé l’Alliance.
Présenté par le secrétaire général Mark Rutte lors du Forum sur l’Industrie de la Défense à l’occasion du sommet de l’OTAN à Ankara mardi, ce projet à haute visibilité se concentre sur l’acquisition, le stockage, le transport et la gestion des matières premières critiques, des composants et des produits recyclés essentiels à la production de la défense. « Pour que notre défense demeure prête et robuste, nous avons besoin d’une base industrielle et de chaînes d’approvisionnement résilientes », a souligné Mark Rutte, tandis que l’Alliance a décrit cette initiative comme le reflet de la détermination des alliés à réduire les vulnérabilités des chaînes stratégiques et à garantir un accès plus stable à ces matériaux par une coopération renforcée.
Les pays participants sont : la Belgique, le Canada, le Danemark, la Finlande, la Grèce, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, l’Espagne, la Suède et la Turquie. Le Royaume-Uni n’en fait pas partie.
La question des matières premières stratégiques a pris une place centrale dans l’agenda de la défense alors que le réarmement massif au sein de l’Alliance se heurte à une offre mondiale concentrée. Les terres rares, utilisées dans les aimants des armes de précision, des avions de combat et des sous-marins, ainsi que des matériaux comme le titane, le tungstène, le gallium et les précurseurs chimiques pour explosifs et propulseurs, sont souvent extraits ou raffinés dans un nombre limité de pays. La Chine domine le raffinage de plusieurs de ces matières et a démontré sa capacité à restreindre ses exportations. L’augmentation rapide de la production de munitions et d’équipements actuellement en cours dans l’OTAN met en évidence combien ces pénuries peuvent limiter la production, indépendamment des ressources financières disponibles.
Le Royaume-Uni aborde la même problématique par des moyens nationaux. Le Plan d’Investissement pour la Défense prévoit le lancement d’une production souveraine d’énergétiques critiques et d’explosifs, dont le pays dépend fortement des fournisseurs étrangers depuis près de vingt ans. Ce plan prévoit aussi la création d’au moins six nouvelles usines d’énergétiques avant 2030, dans le cadre d’un programme de munitions de 11 milliards de livres sterling. Par ailleurs, les dispositions concernant le nucléaire incluent un Campus des Matériaux du Futur pour transformer la fabrication, le stockage et la récupération des matériaux nucléaires.
Cette initiative relative aux matières premières s’inscrit dans la série des Projets à Haute Visibilité annoncés à Ankara, qui permettent à des groupes d’alliés de mutualiser leurs efforts sur des problématiques industrielles et capacitaires communes, suivant la dynamique initiée un an plus tôt par l’engagement pris à La Haye d’allouer 5 % du PIB à la défense et la sécurité d’ici 2035, ainsi que d’intensifier la production de défense au sein de l’Alliance.