Les îles du Pacifique ont vivement condamné un essai de missile balistique chinois, affirmant que le projectile est tombé au cœur de leur « continent bleu » commun, un concept décrivant leur responsabilité partagée dans la gestion de l’océan, ont déclaré à l’AFP des responsables politiques et des analystes.
Même les nations du Pacifique redevables envers Pékin ont rejoint les critiques concernant ce lancement réalisé samedi depuis un sous-marin, dont la trajectoire a pénétré profondément dans l’océan Pacifique.
Ce missile, doté d’une capacité nucléaire et équipé d’une ogive factice, est tombé dans une zone située entre Nauru, Tuvalu et les îles Salomon, selon les observateurs et les autorités régionales.
Le lieu d’impact rapporté se trouve en plein centre de l’océan Pacifique, dans une des rares zones entre ces îles qui ne fait pas partie d’une zone économique exclusive (ZEE).
China a déclaré que l’essai de missile « n’était dirigé contre aucun pays » et n’enfreignait aucune loi internationale.
Pourtant, Surangel Whipps, président de Palaos et futur hôte de la réunion annuelle des dirigeants du Pacifique prévue le mois prochain, a déclaré que le missile est tombé « exactement entre nos zones économiques exclusives ».
« Nous avons des missiles qui visent directement le cœur du Pacifique, sans aucun avertissement préalable », a-t-il expliqué lors d’une interview.
L’envoyé chinois pour le Pacifique avait rencontré plusieurs jours avant le Forum des îles du Pacifique, après que Pékin ait offert un million de dollars au bloc régional, mais n’a jamais mentionné d’essai de missile imminent.
Les 18 membres du Forum, considérés comme les gardiens de 20 % de la surface terrestre, coopèrent pour gérer la pêche et combattre le changement climatique au sein de zones économiques exclusives combinées qui couvrent 25 millions de kilomètres carrés.
Selon Oliver Nobetau, directeur du programme Pacifique à l’Institut Lowy, le missile serait tombé dans un « étroit couloir d’eaux internationales » entre les ZEE des îles environnantes.
« On peut se demander pourquoi cet essai n’a pas été réalisé au nord de l’océan Pacifique, où il existe une vaste surface d’eaux internationales », a-t-il déclaré.
Le Premier ministre de Papouasie-Nouvelle-Guinée, James Marape, a souligné dimanche que cet essai devrait « être le dernier de ce type dans les eaux du Pacifique », adressant ce message non seulement à la Chine, mais à toutes les puissances militaires.
Les États-Unis ont mené 67 essais nucléaires entre 1946 et 1958 aux îles Marshall, où ils continuent à effectuer des essais de missiles balistiques dans le cadre d’un accord de défense.
Hilda Heine, présidente des îles Marshall, a rappelé le poids des cicatrices nucléaires historiques dans la région en critiquant fermement l’essai chinois.
La France et la Grande-Bretagne ont aussi réalisé des essais nucléaires dans le Pacifique avant 1996.
Selon Kwansing, représentant de Kiribati, toutes les questions liées aux essais de missiles dans la région, y compris ceux de la Chine, seront discutées lors de la prochaine réunion des chefs d’État du Pacifique.
Oliver Nobetau ajoute que de nombreuses îles du Pacifique « restent marquées par l’héritage de la Seconde Guerre mondiale dans la région, ainsi que par les effets à long terme des essais nucléaires ».
« Ce qui inquiète les dirigeants du Pacifique, c’est qu’il s’agit d’une démonstration claire de l’étendue des capacités chinoises, mais aussi d’un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler une guerre cinétique », a-t-il conclu.