Le programme du futur avion de combat GCAP, initialement porté par la Grande-Bretagne, l’Italie et le Japon, pourrait s’ouvrir à d’autres pays. Cette expansion vise à renforcer le projet tout en optimisant les coûts de développement.
Cette semaine, l’Italie a exprimé son souhait d’accueillir de nouveaux partenaires dans le cadre du programme Global Combat Air Programme (GCAP). Parmi les pays évoqués figurent notamment le Canada, l’Allemagne et l’Arabie Saoudite, à condition que leur contribution permette de consolider le projet et de réduire les dépenses.
Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a fait cette déclaration lors d’un événement à Rome.
« Le pays le plus intéressé pour le moment semble être le Canada en tant qu’observateur ; nous sommes entièrement ouverts à cette idée », a-t-il déclaré aux journalistes.
Selon lui, une plus grande participation pourrait rendre le programme plus abordable et élargir la base industrielle. « Si l’Allemagne, d’autres pays ou l’Arabie Saoudite rejoignaient, nous serions entièrement disposés, car plus il y a de partenaires, plus les chances de réussir et de réduire les coûts augmentent », a-t-il ajouté.
Ces propos interviennent dans un contexte où l’avenir des programmes européens d’avions de combat subit d’importantes transformations. Alors que le GCAP progresse vers son objectif de déployer un chasseur de sixième génération d’ici 2035, le programme concurrent français-allemand Future Combat Air System (FCAS) pâtit des difficultés de coopération entre ses partenaires.
Lancé en décembre 2022, le GCAP est né d’un accord entre la Grande-Bretagne, l’Italie et le Japon visant à fusionner leurs efforts respectifs pour concevoir un avion de chasse de nouvelle génération. Le consortium industriel associe BAE Systems, Leonardo et Japan Aircraft Industrial Enhancement Co. (JAIEC), soutenue par Mitsubishi Heavy Industries.
Ces trois nations entendent développer un appareil de pointe destiné à remplacer le Typhoon en service en Europe et le Mitsubishi F-2 au Japon. Contrairement aux programmes traditionnels, le GCAP vise également à intégrer une flotte d’aéronefs autonomes, des capteurs avancés, des systèmes de guerre électronique et une architecture de combat ultra-connectée.
La progression du programme s’est accélérée au cours des douze derniers mois, avec la mise en place de structures industrielles dédiées au design, à la propulsion, aux capteurs, aux communications et aux systèmes de mission, toujours dans l’ambition de mettre l’appareil en service en 2035.
Pour des pays aspirant à accéder aux technologies de pointe en aviation de combat, rejoindre le GCAP représente une opportunité intéressante, alors que le projet entre désormais dans une phase active de développement.
La possible implication de l’Allemagne prend un relief particulier au vu des déclarations de Lorenzo Mariani, directeur général de Leonardo. Dans une interview au Financial Times, il a reconnu que l’arrivée d’un nouveau partenaire compliquerait certaines dynamiques, les accords initiaux de répartition du travail étant déjà signés.
« Vouloir intégrer un nouvel État avec les mêmes droits que les trois partenaires actuels serait quelque peu problématique », a-t-il expliqué, tout en soulignant que les bénéfices à long terme justifieraient les obstacles ponctuels.
« Les avantages sur le long terme sont évidents », a affirmé Mariani, exprimant également son soutien à une plus grande participation de l’industrie allemande. « Je serais heureux que le tissu industriel allemand participe à nos activités », a-t-il précisé.
Il a par ailleurs relevé la forte exigence financière des programmes de défense majeurs :
« Ces programmes demandent toujours des investissements importants, souvent supérieurs aux prévisions initiales. Avoir un partenaire supplémentaire apportant des capitaux et une expertise industrielle serait donc très bénéfique. »
Léonardo joue un rôle majeur dans le GCAP, en étant responsable de composants clés de l’électronique, des capteurs et des systèmes de mission.
L’ouverture à de nouveaux membres provoque un débat au sein des analystes de défense concernant le degré et le moment appropriés pour étendre le programme. Les défenseurs estiment que des partenaires supplémentaires amèneraient un financement accru, un savoir-faire industriel et élargiraient les débouchés à l’exportation, surtout à une époque où les coûts des programmes de chasseurs de nouvelle génération ne cessent de croître.
En revanche, certains mettent en garde contre les risques inhérents à une telle expansion. Les programmes multilatéraux antérieurs ont souvent souffert de différends liés à la répartition industrielle, au partage des technologies et à la gestion du projet.
David Jordan, codirecteur de l’Institut Freeman pour l’air et l’espace au King’s College de Londres, a souligné ces défis :
« Bien que la diversification puisse augmenter les fonds disponibles pour la R&D, elle entraîne mécaniquement des difficultés. Plus il y a de partenaires, plus les questions autour de la répartition des tâches deviennent complexes. »
Cette problématique est d’autant plus sensible après les ennuis rencontrés par le FCAS, où les désaccords industriels ont contribué à la suspension du projet d’avion de combat commun.
Parallèlement, le Japon insiste pour que le programme respecte strictement le calendrier initial. Rena Sasaki, chercheuse à la School of Advanced International Studies de l’université Johns Hopkins, rappelle que Tokyo privilégie avant tout la stabilité de la base du programme avant d’envisager une extension :
« Pour le Japon, la priorité est la stabilité du noyau du projet, suivie d’une expansion sélective. »
Ce fragile équilibre entre croissance du partenariat et respect du calendrier sera vraisemblablement une question centrale pour le GCAP, dans un contexte où l’intérêt de possibles nouveaux membres ne cesse de croître.
Tout élargissement du programme nécessiterait l’approbation des trois partenaires fondateurs. Le Japon, notamment, se montre prudent, considérant ce programme comme essentiel pour remplacer sa flotte vieillissante de F-2 et garantir ses capacités aériennes dans une région marquée par des tensions géopolitiques croissantes.
Les autorités japonaises insistent sur la nécessité d’éviter tout retard et de maintenir le projet sur la voie de son entrée en service prévue en 2035. Cette prudence s’appuie sur les enseignements tirés des programmes multinationaux précédents où la multiplication des partenaires allongeait les processus décisionnels et compliquait les négociations industrielles.
Aucune discussion officielle sur l’intégration de nouveaux membres n’a encore été annoncée. Néanmoins, le fait que le Canada, l’Allemagne et l’Arabie Saoudite soient évoqués ouvertement témoigne déjà de l’évolution significative de la dynamique du programme en quelques années seulement.
Ce qui a commencé comme un projet tripartite pour un avion de chasse se dessine désormais comme l’un des programmes de combat aérien les plus ambitieux au monde, susceptible d’attirer de nouveaux alliés au fil de son avancée.