Un officier spécialisé dans la lutte contre les drones a reçu une bourse Churchill qui lui permettra de se rendre au Canada, en Australie et dans d’autres pays pour étudier les méthodes de protection des infrastructures nationales critiques face à cette menace.
Jack Venables, actuellement détaché auprès de l’Unité régionale de lutte contre le crime organisé du Nord-Ouest, fait partie des 109 lauréats des bourses Churchill 2026. Il exerce déjà en tant que conseiller tactique et commandant Bronze pour la lutte anti-drones, au sein de la chaîne de commandement des forces de police lors d’opérations à haut risque, notamment avec les armes à feu. Cette bourse lui offrira l’opportunité d’approfondir son expérience en s’inspirant des pratiques déployées par les forces de police, les agences de sécurité et l’industrie à l’étranger.
Son sujet d’étude se situe à l’intersection croissante entre la police et la défense nationale. Les drones, peu coûteux et commercialement accessibles, sont devenus une menace constante pour des sites indispensables au fonctionnement d’un pays, tels que les aéroports, centrales électriques, prisons et bases militaires.
Cette inquiétude s’est concrétisée en novembre 2024, lorsque l’US Air Force a signalé la présence de petits drones au-dessus de ses bases à RAF Lakenheath, RAF Mildenhall, RAF Feltwell en East Anglia, et RAF Fairford dans le Gloucestershire, à plusieurs reprises pendant la nuit. La nature exacte de ces objets n’a jamais été clarifiée, aucun drone n’ayant été récupéré, et aucun rapport complet rendu public. Toutefois, ces événements ont déclenché une enquête criminelle, mobilisé une soixantaine de militaires de la RAF pour soutenir les Américains et suscité des soupçons de lien engagé avec la Russie, sans confirmation formelle.
Les prisons, de leur côté, luttent depuis plusieurs années contre l’utilisation de drones pour faire entrer de la contrebande. À une échelle bien plus large, le conflit en Ukraine a transformé les drones bon marché en véritables armes de destruction massive, avec un usage massif par les deux camps pour atteindre des cibles jusqu’alors difficiles à protéger avec les systèmes de défense aérienne traditionnels. Cette évolution a placé la lutte anti-drones au cœur des priorités des armées et des forces de police.
La neutralisation des drones représente un défi complexe. Ces appareils, petits, volant bas et lentement, sont difficiles à détecter et à suivre. Les réponses techniques varient entre brouillage des liaisons radio et satellites, capture par des filets ou par d’autres drones, ou encore l’usage croissant d’armes à énergie dirigée. Sur le sol britannique, ces opérations soulèvent des questions juridiques quant aux acteurs habilités à intervenir et aux modalités d’action. La réponse aux incidents de 2024 a sollicité la Police du ministère de la Défense et le soutien aérien des forces de police, conjugués à des restrictions d’espace aérien d’urgence, soulignant l’interdépendance entre les moyens civils et militaires.
Le gouvernement britannique consacre d’importants moyens à ce problème : le Plan d’investissement pour la défense publié récemment alloue plus de 750 millions de livres sterling, sur quatre ans, à la protection intérieure contre les drones à courte portée, ainsi qu’aux forces déployées à l’étranger. Des investissements supplémentaires sont prévus dans les systèmes anti-drones pour l’armée de terre et dans des effecteurs terrestres à faible coût, tandis que le nombre de systèmes de défense aérienne Sky Sabre de l’armée doit doubler. Les travaux de Jack Venables s’inscrivent dans cette dynamique, en se concentrant sur le volet civil et de la sécurité intérieure, où les sites vulnérables ne bénéficient généralement pas d’une protection militaire directe.
Dans le cadre de sa recherche, Venables invite les individus et équipes disposant de méthodes efficaces ou innovantes de lutte anti-drones à le contacter directement, afin d’intégrer leurs expériences à son programme d’études. Son choix du Canada et de l’Australie le mène auprès de deux des plus proches partenaires britanniques en matière de renseignement et de sécurité, deux pays confrontés à des problématiques similaires de protection de leurs infrastructures et frontières.
La bourse Churchill finance un séjour d’une durée comprise entre quatre et huit semaines, durant lequel les lauréats rencontrent experts et professionnels, en présentiel ou à distance, avant de formuler des recommandations destinées à orienter les politiques et opérations au Royaume-Uni.
« Je suis incroyablement fier d’endosser ce rôle d’ambassadeur mondial » pour les services de sécurité britanniques, déclare Venables, ajoutant que l’échange de connaissances avec des homologues du Canada à l’Australie lui permettra de revenir avec des solutions nouvelles « pour nous maintenir en avance sur les menaces émergentes ».
Julia Weston, directrice générale de la Fondation Churchill, souligne « qu’il y a quelque chose de profondément encourageant dans le fait que des individus choisissent d’aller chercher de nouvelles idées » et de construire des liens au-delà des frontières. La bourse Churchill, créée en 1965 en hommage national à Sir Winston Churchill, a déjà permis à plus de 4 000 personnes de sillonner le monde pour étudier des problématiques pratiques afin d’en appliquer les enseignements à leur retour. Cette promotion 2026 travaille sur des thématiques variées allant de la prise en charge de la démence en milieu rural aux impacts des réseaux sociaux, en passant par la promotion de repas scolaires plus écologiques, avec des échanges dans des pays aussi divers que le Groenland et Taïwan. Les candidatures pour la prochaine session ouvriront le 1er septembre.
Jack Venables (photo fournie)