Les marchés asiatiques affichent une tendance contrastée jeudi matin, tandis que la pression politique entre Washington et Téhéran continue de peser sur les cours du pétrole. Par ailleurs, l’opérateur Internet indépendant suédois Bahnhof est cédé au norvégien Telenor par son fondateur, qui reste toutefois à la tête de l’entreprise. En Suède, l’inflation ralentit et la croissance économique accélère, passant à +3,9 % de PIB sur un an, malgré la prétendue crise énergétique majeure. La semaine a également été marquée par un volume exceptionnel de commandes de défense à hauteur de 100 milliards de couronnes pour Saab.
Alors que la Bourse de Stockholm a reculé hier avec l’OMXS30 à -1,90 % et l’OMXSPI à -2,10 %, la couronne suédoise demeure stable, s’échangeant autour de 11,05 SEK pour un euro et 9,67 SEK pour un dollar. Le prix de l’or se maintient à 1 266 SEK le gramme.
Les indices européens ont chuté, avec un CAC 40 à -2,18 %, un DAX à -2,23 %, un FTSE-100 à -1,66 % et un Euronext 100 à -1,07 %. Aux États-Unis, le S&P 500 a reculé de 0,28 %, tandis que le Nasdaq 100 a légèrement progressé de 0,27 %, porté notamment par Nvidia (+3,65 %) et Apple (+0,88 %). Tesla a toutefois connu une baisse significative de 2,19 %.
Cette aversion au risque sur les marchés est liée à l’escalade des tensions entre les gouvernements américains et iranien, où les deux camps, qualifiés ici de « fondamentalistes religieux », s’affrontent autour du contrôle stratégique du détroit d’Hormuz. Téhéran insiste pour que les pétroliers passent de son côté du détroit et a récemment attaqué des navires à la sortie d’Oman. Washington a répliqué par des frappes en Iran, qualifiées de représailles, amplifiant les inquiétudes géopolitiques.
Dans ce contexte, le prix du baril continue de grimper, avec le WTI américain à 74 USD et le Brent de la mer du Nord à 78 USD. Le prix du gaz naturel en Europe suit également la tendance haussière, s’établissant à 48 EUR par MWh.
Dans les zones asiatiques, les marchés évoluent de manière hétérogène. Le Nikkei 225 progresse de 1,59 %, et le Straits Times de Singapour bat des records avec +0,92 %. En revanche, l’ASX 200 australien recule de 0,54 %, le Hang Seng de Hong Kong de 0,53 % et le KOSPI sud-coréen de 0,79 %. Cette résilience partielle souligne que l’Asie semble moins affectée par les tensions au Moyen-Orient et suit sa propre dynamique économique.
L’opérateur Internet suédois indépendant Bahnhof vendu à Telenor
Fondé il y a 30 ans et longtemps défenseur acharné des droits à un Internet libre, Bahnhof change de mains. Son fondateur et principal actionnaire Jon Karlung a vendu sa majorité au groupe norvégien Telenor, tout en réaffirmant son intention de rester à son poste de PDG pour l’instant.
Dans un entretien, Karlung reconnaît :
« Il est clair que ma personnalité un peu rebelle nous a permis de nous distinguer à de nombreuses reprises… Pourtant, ce n’est pas forcément le rôle que je souhaite continuer à jouer à l’avenir. »
Les raisons de cette cession sont aussi personnelles : à 62 ans, Karlung souhaite tourner une page après avoir façonné l’entreprise depuis l’émergence d’Internet grand public.
La transaction porte sur la majorité des actions, avec 86 % des droits de vote vendus à 60 SEK l’action, et une offre publique à 62 SEK sur le reste, décevant certains investisseurs qui voyaient le cours autour de 51,50 SEK avant l’annonce. À noter que le cours a considérablement progressé depuis le plancher à 2 SEK en 2012.
Alors que certains regrettent la fin d’une époque pour cet acteur emblématique de la neutralité numérique suédoise, la vente à Telenor traduit aussi une consolidation dans un secteur stratégique aux enjeux de souveraineté croissants.
Inflation en baisse et forte croissance économique pour la Suède
Les chiffres préliminaires de l’indice des prix à la consommation (IPC) pour juin montrent un ralentissement de l’inflation à 0,7 % sur un an, contre 0,8 % en mai. Cette décélération est en partie attribuable à la baisse des prix de l’alimentation et des transports, malgré les déclarations alarmistes d’Ebba Busch (parti démocrate-chrétien) évoquant une « pire crise énergétique de l’histoire mondiale ».
Le taux d’inflation sous-jacent (KPIF) de la Banque centrale suédoise a également reculé, passant de 1,5 % en mai à 1,3 % en juin, ce qui limite les pressions sur la politique monétaire et rend une prochaine hausse des taux de référence peu probable à court terme.
Sur le plan économique, la Suède enregistre pour le troisième mois consécutif une croissance solide en mai (+0,9 % mensuel), portant le PIB 3,9 % au-dessus de son niveau de mai 2025, chiffres corrigés de l’inflation.
Un économiste de l’Office suédois de la statistique explique :
« Avec ces chiffres positifs en mai, nous avons maintenant trois mois consécutifs de croissance continue. Cette progression est principalement portée par une augmentation de la production dans les services, notamment dans le secteur des technologies de l’information et de la communication. Un fort excédent commercial lié à une baisse des importations de biens y contribue également. »
Malgré ces résultats solides, certains responsables politiques continuent de souligner la gravité de la crise énergétique, même si la vigueur de l’économie suédoise dément ces discours alarmistes, comparant ironiquement la croissance à la puissance d’un Saab Gripen E plutôt qu’à celle d’un train, qui peine dans le pays.
Saab décroche 100 milliards de couronnes en commandes de défense en une semaine
Selon un point presse conjoint du gouvernement suédois lors du sommet de l’OTAN à Ankara, Saab a sécurisé plus de 100 milliards de SEK en commandes de défense en une seule semaine. Ces contrats concernent notamment des sous-marins destinés à la Pologne, des avions de chasse Gripen E pour l’Ukraine, ainsi que des avions de surveillance GlobalEye pour l’OTAN.
La valeur de l’action Saab a progressé de 4,72 % durant la semaine, après un bond de 35,76 % depuis le début de l’année et une hausse de 62,16 % sur un an.
Cette croissance économique et ce dynamisme industriel s’inscrivent dans le contexte de réarmement et de montée en puissance de la défense européenne et nordique, renforcée par l’adhésion de la Suède à l’OTAN, favorisant les échanges « intrafamiliaux » entre alliés, même si l’Ukraine n’en fait pas partie.