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Le détroit ouvert, des eaux agitées : les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et au-delà traduisent des enjeux complexes liés à la sécurité, aux ressources énergétiques et aux rivalités stratégiques. Des accords fragiles aux démonstrations de force, les dynamiques actuelles dessinent un paysage régional instable aux répercussions internationales.

Iran

Le 17 juin, les présidents américain Donald Trump et iranien Masoud Pezeshkian ont chacun signé un mémorandum d’entente, négocié sous la médiation du Pakistan et du Qatar. Cet accord cherche à mettre fin aux hostilités et apporte des résultats préliminaires : le trafic maritime dans le détroit d’Hormuz augmente, les prix du pétrole diminuent et Washington a accordé une dérogation de 60 jours aux ventes iraniennes de pétrole et de produits pétrochimiques. Toutefois, des divergences importantes subsistent sur la mise en œuvre de cet accord initial, notamment sur l’accès de l’Iran à ses avoirs financiers gelés, la garantie de la libre navigation dans le détroit d’Hormuz, et le retour des inspecteurs internationaux sur les sites nucléaires iraniens.

Du côté du régime iranien, la résilience affichée et l’influence démontrée sur le détroit renforcent une posture où la capitulation face aux exigences américaines n’est pas envisagée. Aux États-Unis, l’accord suscite une forte critique bipartite, perçu soit comme une concession excessive après un conflit justifié, soit comme un dénouement embarrassant d’une campagne ratée. Les deux parties mesurent les coûts militaires et économiques importants en cas d’échec du mémorandum. Les négociations techniques, programmées à la fin juin, s’annoncent donc déterminantes.

Vue du détroit d'Hormuz prise depuis la Station spatiale internationale

Vue du détroit d’Hormuz prise lors de l’expédition ISS 46 le 5 juin 2016. Image : JSC Gateway to Astronaut Photography of Earth via Wikimedia Commons

Russie

Depuis deux semaines, l’offensive ukrainienne contre la Russie s’intensifie nettement à la fois en fréquence et en portée. Depuis mai 2026, la distance moyenne des frappes a augmenté, passant de quelques kilomètres à plusieurs dizaines, signe d’une amélioration qualitative des capacités de frappe longue portée de l’armée ukrainienne. Elle peut désormais atteindre des cibles logistiques profondes derrière les lignes russes, notamment des convois, des infrastructures énergétiques et d’autres actifs stratégiques. Un exemple notable est la frappe sur la raffinerie de Kapotnya, près de Moscou, qui a provoqué d’importants incendies et une épaisse fumée noire, symbolisant l’extension du champ d’action ukrainien.

Parallèlement, l’Ukraine poursuit ses efforts pour perturber le transport de carburant et de matériel militaire dans le détroit de Kertch, isolant davantage la Crimée et aggravant les pénuries d’approvisionnement. Le 19 juin, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a donné une semaine au président biélorusse Alexandre Loukachenko pour démanteler les stations relais russes situées sur le territoire biélorusse, menaçant de les détruire sinon. Selon certaines estimations, les frappes ukrainiennes ont réduit de plus de 20 % la capacité de raffinage russe, entraînant des pénuries de carburant, des restrictions à la vente et de longues files d’attente dans plusieurs régions.

Sur le plan diplomatique, des signes de soutien occidental renforcé à l’Ukraine se manifestent. Lors du sommet du G7, les États-Unis se sont joints à leurs partenaires pour accroître les livraisons d’armes à longue portée à Kyiv et intensifier les sanctions contre Moscou. L’Union européenne a également adopté de nouvelles mesures restrictives le 15 juin, ciblant les revenus énergétiques, le complexe militaro-industriel, la propagande et les violations des droits humains en Russie.

Incendie de la raffinerie de Moscou après une frappe ukrainienne

Fumée s’élevant de la raffinerie de Moscou quelques heures après une frappe ukrainienne, le 18 juin. Image : Rotafinus via Wikimedia Commons

Chine

La visite d’État du secrétaire général chinois Xi Jinping à Pyongyang s’est conclue sans aucune mention de dénucléarisation, illustrant un changement d’approche de la Chine vis-à-vis de la Corée du Nord, désormais davantage axée sur une relation bilatérale sans condition préalable immédiate. Par la suite, Xi a reçu le président birman Min Aung Hlaing, confirmant ainsi le soutien chinois au régime en place. Les deux dirigeants ont convenu d’étendre leur coopération économique. Notamment, quelques jours avant cette visite, la Chine a confirmé l’arrestation, le 3 juin à Kunming, de l’activiste et universitaire américano-birman Min Zin pour des motifs liés à la sécurité nationale, une démarche rare à l’encontre d’un ressortissant américain.

Début juin, le département américain de la Défense a ajouté 65 entités à sa liste dite 1260H de sociétés militaires chinoises opérant aux États-Unis, déclenchant ainsi des restrictions commerciales. En réaction, le ministère chinois du Commerce a inscrit dix fournisseurs industriels américains sur sa liste de contrôle des exportations, et le ministère des Finances a exclu 46 entreprises américaines de la participation aux marchés publics chinois.

Min Aung Hlaing, président du Myanmar

Le président du Myanmar Min Aung Hlaing lors de sa cérémonie d’investiture à Naypyidaw le 10 avril. Image : Zawzawaungthwin via Wikimedia Commons

Corée du Nord

Les médias nord-coréens ont annoncé la mise en service officielle, le 23 juin au port de Nampho, du destroyer « multi-missions » Choe Hyon, affecté à la flotte de la mer de l’Ouest. Kim Jong Un a qualifié l’événement de démonstration des capacités navales croissantes du pays. Il a indiqué que le destroyer Kang Kon serait bientôt commissionné, suivi d’une série de navires de guerre stratégiques de 10 000 tonnes.

Le dirigeant nord-coréen a reconnu que la marine était historiquement le maillon le plus faible des forces armées nationales. Il a salué le déploiement du Choe Hyon comme une avancée majeure dans les capacités de combat et l’industrie navale, tout en soulignant l’absence actuelle de bases navales suffisamment grandes pour accueillir de tels bâtiments. Le comité central du parti a décidé de construire de nouvelles bases navales adaptées à cet accroissement. Enfin, Kim Jong Un a rappelé les objectifs du plan quinquennal visant la construction annuelle de deux grands navires de surface supérieurs à la classe Choe Hyon, ainsi que plusieurs bâtiments d’escorte et spécialisés.

Kim Jong Un à la cérémonie de mise en service du destroyer Choe Hyon

Kim Jong Un lors de la cérémonie de mise en service du nouveau destroyer Choe Hyon au port de Nampho, le 23 juin 2026. Image : KCNA Watch

Jihadistes

Le 22 juin, le département américain du Trésor a sanctionné trois individus et six entités pour leur rôle dans la facilitation de transactions financières de l’État islamique à travers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique de l’Ouest. Il s’agit de la première identification de nouvelles cibles liées à l’État islamique depuis juillet 2024, marquant la plus longue période de silence depuis le début de la lutte contre ce groupe terroriste il y a plus de dix ans.

Au fil des ans, l’État islamique s’est transformé en une insurrection principalement africaine, tout en maintenant des liens avec une organisation globale et décentralisée. En raison de préoccupations sécuritaires internes, il révèle peu voire pas ses dirigeants clés, compliquant les efforts de sanction.

Les récentes mesures américaines ciblent des « facilitateurs financiers » chargés de transférer des ressources entre affiliés et cellules de l’État islamique. Parmi eux figurent Miloud Abderrahmane en France, Abdelhakim Boukich en Syrie, ainsi que trois entités : Bitcoin Xchange en Syrie (dirigée par Boukich), Spider en Turquie (contrôlée par une personne déjà sanctionnée), et Alkaram, lié à Spider. Le Trésor américain a également visé Mukhtar Adamu Muhammad et trois services de transfert d’argent sous son contrôle au Nigeria : Nine Exchange, Manhattan Bureau et Generation Currency.

Bâtiment du département du Trésor américain à Washington

Le bâtiment du département du Trésor américain à Washington, D.C., en juin 2024. Image : Yiyuanju via Wikimedia Commons