Un accord récemment signé visant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient est déjà soumis à de fortes tensions, après le report des pourparlers en Suisse et la reprise des combats entre Israël et le Hezbollah au Liban.
Ces événements interviennent alors que le guide suprême iranien a fait savoir qu’il avait autorisé cet accord préliminaire pour arrêter la guerre malgré ses réserves, tandis que le principal négociateur iranien avertissait Washington que la République islamique se tenait prête à riposter en cas de violation du pacte.
Les médiateurs du conflit, dont le Pakistan, l’Arabie Saoudite et la Turquie, devaient se réunir dimanche dans la ville égyptienne d’Alamein pour discuter de l’accord, ont indiqué Le Caire et Islamabad.
Les préparatifs étaient en cours pour accueillir les délégations iranienne et américaine dans la station suisse de Burgenstock, surplombant le lac de Lucerne, afin de lancer les négociations sur la mise en œuvre de l’accord signé cette semaine par le président Donald Trump et son homologue iranien Masoud Pezeshkian.
Le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a averti que Téhéran répondrait de manière « décisive » en cas de « rupture de contrat » ou de « demandes excessives ».
« Ils ont déjà pris une claque pendant la guerre ; s’ils souhaitent emprunter cette voie à nouveau, ils en prendront une encore plus forte », a-t-il écrit sur le réseau X.
La Suisse reste prête
La signature de cet accord visait à mettre un terme à la campagne américano-israélienne contre l’Iran — qui a causé cinq semaines de conflit ouvert avant un cessez-le-feu en avril — et à rouvrir le détroit d’Hormuz, un passage stratégique dont la fermeture avait fait fortement grimper les prix mondiaux de l’énergie.
L’accord lance également une période de 60 jours de négociations sur des questions plus larges, notamment le programme nucléaire iranien.
Ghalibaf et le vice-président américain JD Vance devaient se rendre à Burgenstock vendredi, accompagnés des médiateurs pakistanais et qataris, pour entamer ce processus.
« Les pourparlers prévus entre les États-Unis, l’Iran, le Qatar et le Pakistan ont été reportés », a déclaré le ministère suisse des Affaires étrangères dans un communiqué transmis à l’AFP.
« La Suisse demeure prête à faciliter ces négociations. Les préparatifs nécessaires à Burgenstock se poursuivent », a-t-il ajouté, sans préciser de nouvelle date.
Cette annonce fait suite à la décision de la Maison Blanche, jeudi soir, d’annuler le voyage de Vance, un porte-parole évoquant un contexte où « la logistique de ces négociations n’a jamais été simple ni prévisible ».
« Nous espérons commencer les discussions techniques dès que possible », a-t-il ajouté.
Un accord « issu du désespoir »
L’accord devait également mettre fin aux combats au Liban, mais l’armée israélienne a annoncé vendredi de nouvelles frappes sur des cibles du Hezbollah, faisant 18 morts, selon le ministère libanais de la Santé.
Israël a également fait état de la mort de quatre de ses soldats dans le sud du Liban, un bilan inédit depuis la signature du pacte.
La mort des soldats a provoqué la colère du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, issu de l’extrême droite, qui a exigé que « tout le Liban brûle ».
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a déclaré jeudi qu’il avait approuvé l’accord malgré un « avis différent ».
« Mais j’ai donné mon aval en raison de l’engagement » pris par les responsables, dont Pezeshkian, « de protéger les droits de la nation iranienne », a-t-il précisé.
Khamenei — qui n’a toujours pas été vu en public depuis son accession à la tête de l’État, après la mort de son père tué dans des frappes américano-israéliennes — a affirmé que Trump avait « utilisé toutes sortes de leviers » pour obtenir cet accord, « par désespoir ».
« Qu’est-ce que cela nous rapporte ? »
Jeudi, les forces américaines ont levé leur blocus naval des ports iraniens, bloquant auparavant la circulation des navires à destination et en provenance de la République islamique, a indiqué l’armée américaine, précisant que ses navires de guerre « resteront dans la zone générale ».
Cependant, le trafic reste encore peu intense dans le détroit d’Hormuz, passage stratégique pour les livraisons d’énergie que l’Iran avait bloqué durant le conflit.
La télévision d’État iranienne, citant un communiqué du Conseil suprême de sécurité nationale, a indiqué que les navires « désirant traverser le détroit d’Hormuz doivent soumettre leur demande » à un nouvel organe gouvernemental chargé de la gestion du passage maritime.
Selon le texte de l’accord, Washington s’engage à lever immédiatement les sanctions pétrolières qui paralysent l’économie iranienne.
Une fois qu’un accord final sera conclu sur le programme nucléaire iranien, les États-Unis faciliteront également la libération d’un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars soutenu par plusieurs pays de la région, précise l’accord.
La décision de Trump de mettre fin au conflit, dans lequel 13 militaires américains ont perdu la vie et où une grande partie des stocks de munitions américaines a été utilisée, a déstabilisé certains de ses alliés.
Mais il a défendu le recours à la diplomatie, estimant que poursuivre le conflit par la force n’aurait pas été productif.
« La seule façon dont je pourrais devenir plus dur, c’est si je restais encore deux ou trois semaines pour continuer à les bombarder à fond. D’accord ? Mais qu’est-ce que cela nous apporterait ? Le détroit d’Hormuz ne serait pas ouvert », a-t-il déclaré à Axios.