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Malgré une période marquée par des tensions sous la présidence de Donald Trump, l’Inde maintient une relation stratégique étroite avec les États-Unis. Cette attitude calme, bien que critiquée en interne, reflète une nécessité dictée par les défis géopolitiques régionaux, notamment la montée en puissance de la Chine.

La raison est simple mais souvent négligée : l’Inde n’a pas d’autre choix. Face à une Chine devenue de plus en plus puissante et agressive, avec laquelle Delhi entretient des différends politiques et territoriaux majeurs, les États-Unis restent le partenaire stratégique incontournable. Malgré les comportements provocateurs de Trump, notamment l’imposition de tarifs douaniers et des interventions malvenues sur des dossiers sensibles comme le conflit indo-pakistanais, l’Inde continue de rechercher un partenariat solide avec Washington. Ce dernier est indispensable pour équilibrer la pression croissante exercée par Pékin.

Les débuts de la présidence Trump, lors de son second mandat, laissaient entrevoir des relations prometteuses. Le Premier ministre Narendra Modi, fidèle à son allié Trump, avait accueilli avec enthousiasme sa réélection, traduisant l’espoir d’une politique étrangère favorable à New Delhi. Cependant, cet optimisme a rapidement cédé face aux mesures protectionnistes et aux prises de position américaines perçues comme contraires aux intérêts indiens. Par exemple, en avril 2025, les tarifs imposés par Washington ont provoqué un refroidissement, aggravé un mois plus tard par les déclarations de Trump revendiquant à tort un rôle de médiateur dans un conflit indo-pakistanais post-attentat terroriste au Cachemire, minant la position indienne traditionnelle refusant toute tierce médiation.

Par ailleurs, les relations ont été mises à rude épreuve par la décision américaine d’imposer des restrictions sur les importations indiennes de pétrole russe, contraignant l’Inde à réduire ses achats et impactant ainsi sa politique énergétique. L’engagement passif de New Delhi face à la guerre initiée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a aussi suscité des critiques internes, notamment concernant la gestion diplomatique du ministère des Affaires étrangères. Malgré tout, la nécessité de préserver les formes et de ne pas aliéner Washington demeure forte, car aucun autre partenaire ne peut vraiment compenser l’importance stratégique des États-Unis.

Le déséquilibre économique et militaire entre l’Inde et la Chine est aux origines de cette posture. Si les deux pays étaient comparables dans la période allant des années 1950 aux années 1980, la libéralisation économique mise en œuvre par la Chine depuis les années 1990 l’a propulsée au rang de superpuissance régionale et mondiale, avec un PIB environ cinq fois plus important qu’à Delhi. La transformation de cette richesse en capacités militaires se traduit par un déploiement massif de porte-avions, de combattants de cinquième génération et de technologies avancées telles que les drones, où l’Inde accuse un retard certain.

Ce contexte stratégique a poussé les différentes administrations indiennes, de toutes tendances politiques, à privilégier un rapprochement avec les États-Unis. Cette orientation s’est renforcée sous Narendra Modi, notamment après les affrontements sanglants au Ladakh en 2020. L’Inde s’est ainsi engagée dans des dispositifs de coopération multilatérale comme le Quad (avec les États-Unis, l’Australie et le Japon), renforçant ses alliances face aux défis posés par Pékin.

Parmi les alternatives potentielles, la Russie reste un partenaire historique, mais son affaiblissement militaire et économique, notamment à cause du conflit en Ukraine, limite sa capacité à rivaliser avec les États-Unis. La dépendance ancienne de l’Inde à l’égard des armements russes diminue face à l’exigence croissante d’équipements avancés pour contrer la supériorité chinoise. De plus, l’alliance étroite entre Moscou et Pékin compromet la position de la Russie comme un soutien fiable face à la Chine.

Un autre levier pour New Delhi réside dans le renforcement des liens avec d’autres puissances indo-pacifiques, telles que l’Australie et le Japon, qui partagent une appréhension similaire envers l’essor militaire et économique de la Chine. Ces pays ont accru leurs dépenses de défense et noué des accords bilatéraux destinés à renforcer leur posture collective. Cependant, leurs capacités combinées restent toutefois insuffisantes pour constituer une alternative au poids américain.

Essayer de normaliser les relations avec Pékin constitue une option, mais les progrès restent limités. Les différends frontaliers majeurs et la politique chinoise en Asie du Sud rendent toute résolution difficile, voire improbable. Par ailleurs, le partenariat sino-pakistanais demeure un obstacle majeur aux ambitions indiennes. Même si des gestes diplomatiques récents témoignent d’une certaine détente, l’Inde n’a pas les moyens d’influer durablement sur le comportement de la Chine.

Au final, l’Inde se trouve dans une position où sa dépendance vis-à-vis des États-Unis est plus une nécessité qu’un choix véritable. Tant que l’Amérique conserve une volonté et une capacité suffisantes pour assurer un contrepoids à la Chine, New Delhi maintiendra ses relations, même si cela implique de surmonter des tensions ponctuelles. En cas d’affaiblissement durable de l’engagement américain à l’international, l’Inde devrait s’adapter à de nouveaux équilibres, certes peu probables à court terme, compte tenu du rôle stratégique des grandes puissances dans la région.

Dr. Rajeswari (Raji) Pillai Rajagopalan et Rajesh Rajagopalan sont respectivement chercheuse senior à l’Australian Strategic Policy Institute et professeur de politique internationale à la Jawaharlal Nehru University de New Delhi. Leurs travaux portent sur la politique étrangère indienne, la sécurité régionale et les dynamiques stratégiques en Asie.