Le projet Digital Targeting Web, présenté en mai 2025 dans la Strategic Defence Review britannique, vise à intégrer numériquement les capteurs, décideurs et armes à travers les forces conjointes, afin de « sentir, comprendre, décider, agir et évaluer plus rapidement que l’adversaire ».
Cependant, un rapport récent du Royal United Services Institute (RUSI) souligne que l’un des principes stratégiques clés du projet – selon lequel les garanties juridiques, éthiques et de sécurité doivent « accélérer le tempo, non le contraindre » – mal interprète la nature même de ces contrôles qui, par définition, ralentissent les procédures. Le rapport précise que ni les revues légales ni les protocoles de sécurité, même automatisés, ne peuvent augmenter la vitesse d’un cycle de ciblage.
Le rapport met aussi en lumière les doutes exprimés par certains praticiens concernant la nécessité de rigoureuses garanties, invoquant le fait que les ennemis de la Grande-Bretagne et de l’OTAN ne se sentent pas liés par de telles règles, créant ainsi un risque inacceptable sur le champ de bataille quand les opérations sont ralentis par ces protections.
Une évolution des pratiques d’autorisation des frappes est également mise en avant : dans le contexte d’une guerre à grande échelle, capable d’impliquer plusieurs centaines de frappes quotidiennes (réminiscence de la campagne américaine et israélienne contre l’Iran en février 2026, avec près de 900 frappes en 12 heures), l’autorité décisionnelle devra être déléguée aux commandants de terrain de niveau intermédiaire voire junior. Cette décentralisation du commandement accroît le risque d’impacts civils significatifs, intentionnels ou non, dont les ministres devront assumer les conséquences politiques.
Mais la pression de l’opinion publique et des médias sociaux, qui demandent une responsabilisation quasi instantanée, pourrait limiter le risque que les autorités sont prêtes à accepter, au moment où le champ de bataille réclame davantage de délégation et de marge de manœuvre.
Le rapport documente par ailleurs les conséquences humaines lourdes des campagnes modernes à grande échelle : la campagne contre l’Iran aurait touché des milliers de sites, causant plus de 2 000 morts civils, certains dégâts étant intentionnels, d’autres liés à des erreurs humaines, comme la frappe sur une école de Minab ayant fait plus de 150 victimes, principalement des enfants.
Le défi de l’interopérabilité alliée est une autre source d’inquiétude, soulignant que des lacunes dans la coordination pourraient amener les alliés à classer les mêmes cibles différemment ou à frapper en double des sites jugés légitimes par certains mais à risque pour les dommages collatéraux par d’autres. La coordination franco-britannique sur le ciblage en profondeur, impliquant des infrastructures duales, doit être renforcée avant tout conflit.
Enfin, le rapport conclut que, malgré la digitalisation et la modernisation, la politique britannique de ciblage n’évolue pas fondamentalement, s’appuyant toujours sur des doctrines traditionnelles, et met en garde contre un excès de confiance dans des métriques quantifiables au détriment des jugements humains, essentiels pour la victoire stratégique. Les précédentes campagnes fulgurantes, en Iran et à Gaza, n’ayant pas encore mené à des résultats stratégiques clairs, illustrent cette limite.