Article de 522 mots ⏱️ 3 min de lecture

L’Allemagne s’impose comme nouveau pôle international de production des missiles tactiques ATACMS, avec le lancement d’une co-production entre Lockheed Martin et Rheinmetall dans l’usine de cette dernière située à Unterlüß, au nord du pays. C’est la première fois que ce missile balistique militaire américain sera fabriqué en dehors des États-Unis.

Ce partenariat, officialisé lors du Forum de l’Industrie de la Défense à la réunion de l’OTAN à Ankara, bénéficie du soutien conjoint des gouvernements américain et allemand. Les entreprises envisagent la création d’une « centre d’excellence » européen dédié à la fabrication, l’intégration et la distribution des systèmes ATACMS aux forces de l’OTAN et alliées.

Armin Papperger, directeur général de Rheinmetall, a souligné que le choix d’Unterlüß vise à renforcer la base industrielle allemande des systèmes de défense modernes. De son côté, Dennis Goege, responsable européen de Lockheed Martin, a mis en avant la combinaison de la « technologie américaine éprouvée avec la capacité industrielle européenne » que représente cet accord.

L’usine d’Unterlüß, un site historique de 125 ans employant environ 4 000 personnes, s’est récemment agrandie avec l’ouverture d’une nouvelle unité de production de munitions d’artillerie. Une nouvelle usine spécialisée dans les moteurs-fusées, proche d’être achevée, devrait débuter la fabrication de moteurs et composants de missiles guidés dès 2027.

Ce calendrier correspond aux déclarations précédentes d’Armin Papperger qui annonçait en mai que la production complète des missiles serait lancée en 2027, avec une montée en puissance progressive en 2028 et 2029. Rheinmetall évalue la demande annuelle en Europe et en Ukraine à environ 600 à 800 missiles ATACMS.

Cette initiative répond également à une forte contrainte industrielle. Lockheed Martin avait en effet réduit la production des ATACMS dans son usine de Camden, Arkansas, pour prioriser le développement d’un nouveau missile de précision appelé à remplacer l’ATACMS dans l’arsenal américain, alors que la demande européenne et ukrainienne pour ce missile éprouvé reste élevée.

Une fois opérationnelle, l’usine allemande deviendra la première en dehors des États-Unis à produire les missiles ATACMS. Lockheed Martin maintiendra la ligne de production américaine active jusqu’à ce que le transfert vers la production européenne soit totalement effectif.

Le partenariat entre Rheinmetall et Lockheed Martin s’est construit progressivement depuis plus d’un an. Initialement signé sous la forme d’un mémorandum de coopération sur les missiles en 2024, cet accord a été étendu en avril 2025 à un « Centre de Compétence » élargi pour les missiles et armes guidées. Dès août dernier, des discussions portaient déjà sur la production d’ATACMS et de Hellfire spécifiquement à Unterlüß.

La transformation du récent mémorandum d’entente, signé mardi, en une coentreprise officielle reste toutefois conditionnée à l’approbation du gouvernement américain. En effet, la technologie des missiles ATACMS étant soumise à un contrôle strict, son transfert exige l’accord de Washington.